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2 Corinthiens 8.9 - Noël Frères et soeurs, qui veut gagner des millions ?! Qui veut faire fortune ? Tout le monde ! D’une façon ou d’une autre, on voudrait tous être plus riches. Pas forcément pour soi-même, d’ailleurs. Avec de l’argent, je pourrais acheter une maison – ou un appartement – que je lèguerais un jour à mes enfants. J’achèterais aussi une grande voiture pour emmener toute ma famille en vacances. Je soutiendrais les oeuvres de bienfaisance et naturellement, je donnerais la dîme de tous mes revenus à l’Eglise : être généreux, quand on est riche, ce doit être tellement plus facile ! En ce temps de Noël, il y aurait cinquante mille raisons de dépenser plus : cadeaux, restaurants, voyages… Tant de plaisirs que nous aimerions partager, tant de sollicitations aussi à soulager la misère des plus pauvres… Eh bien, chers amis, vous avez eu raison de pousser la porte de l’église ce matin ! Pour beaucoup de gens, en effet, Noël est une occasion de dépenser plus. L’Evangile dit au contraire que Noël est l’occasion de faire fortune ! - Car Christ s’est fait pauvre I
Paul écrit : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ : pour vous il s’est fait pauvre alors qu’il était riche, afin que par sa pauvreté vous soyez enrichis ». Finalement, Noël est la fête de tous ceux qui ont fait fortune auprès de l’enfant de Bethlehem ! Je sais qu’il est facile de jouer avec les mots et de parler de l’Evangile comme d’un trésor ! Pourtant, c’est la meilleure rémunération, toutes primes comprises, qu’un homme ne puisse jamais recevoir. Jésus disait lui-même : « Quel intérêt de gagner le monde entier (c’est-à-dire des milliards) si l’on perd son âme » ? Cela veut dire encore : A quoi sert votre argent, vos placements, vos épargnes, vos intérêts si vous êtes pauvres de ma grâce ? Que sert-il à un homme de se choisir les meilleurs médecins s’il n’a pas le traitement indispensable à la guérison de son âme ? L’argent peut acheter une maison mais pas un foyer. Il peut acheter un lit mais pas le sommeil, il peut acheter une horloge mais pas le temps. L’argent acheter un livre mais pas la connaissance, une position mais pas le respect. L’argent va payer le médecin mais pas la santé. Il peut acheter du sang mais pas la vie. Il peut acheter du sexe mais pas de l'amour. On peut entretenir des réseaux et des relations, mais qu’en reste-t-il quand vous sortez du circuit, que vous n’êtes plus utile aux autres ? Dans le contexte de notre épître, Paul cite en exemple les Eglises de Macédoine pour leur générosité. Il écrit : « Au milieu de la grande épreuve de leur souffrance, leur joie débordante et leur pauvreté profonde les ont conduits à faire preuve d’une très grande générosité » (v.2). Et pour exhorter les Corinthiens à faire de même, l’apôtre fait référence au Seigneur : lui-même s’est fait pauvre en notre faveur ! Dimanche dernier, nous avons entendu l’admirable mystère de Noël : l’amour de Dieu, l’incarnation de son Fils et son abaissement jusqu’à la croix de Golgotha… Pourtant, cette semaine encore, les médias ont continué leur travail d’information et nous ne sommes pas épargnés par toutes les images de notre humanité en souffrance. Si bien que fêter la naissance d’un enfant, venu au monde il y a bien longtemps, peut avoir quelque-chose d’étrangement décalé. On pourrait presque nous dire : « Mais enfin, redescendez sur terre ! Voyez les problèmes concrets ; militez pour plus de tolérance, d’égalité et de respect ! » Ce sont des combats qui nous concernent aussi, bien entendu. Dans le même temps, Jésus n’est pas né à Bethlehem pour nous rappeler la misère du Quart monde ou les banlieues qui flambent. Il y a d’autres prédicateurs pour cela. Si je le faisais, je passerais à côté de la richesse de l’événement de Noël. Notre correspondant permanent au ciel, le saint Esprit, veut nous toucher par une nouvelle autrement plus importante : Christ a renoncé à sa richesse et s’est fait pauvre ! L’histoire de l’Eglise nous montre l’exemple de croyants qui ont renoncé à leur fortune pour devenir pauvres, de la pauvreté des miséreux. Je pense, par exemple, à François d’Assise, issu d’une riche famille marchande, qui décida sur l’appel du Christ d'« épouser Dame Pauvreté », se consacrant à la prédication et gagnant son pain par le travail manuel ou l'aumône. A Charles de Foucauld qui abandonna titre et gloire pour devenir ermite et missionnaire au Sahara. Il y en aurait beaucoup d’autres, bien sûr. Je regrette, personnellement, que nos jeunes n’aient pas plus de goût pour les biographies de ces grandes figures du christianisme. Toutes s’inspirent du renoncement de Jésus-Christ. Pourtant, l’exemple du maître va bien au-delà de celui des disciples. Car ce n’est pas seulement un dépouillement auquel Jésus consent : c’est un véritable transfert ; devenir pauvre pour que les pauvres soient riches ! Christ, en effet, est autrement plus riche que tous les puissants de ce monde, si bien que son sacrifice est vraiment une situation qui dérange et qui étonne. Christ est éternellement riche de toutes les richesses de la divinité, car il est lui-même le Dieu véritable. Ce n’est pas moi, c’est la Bible qui le dit. Alors qu’est-ce qu’un Seigneur ? Qu’est-ce que Dieu ? Eh bien, tout est à lui et il domine toute chose. Il ne dépend de rien et n’a besoin de personne. Bien plus : personne ne peut augmenter ce qu’il a ni grandir ses qualités éternelles, et personne ne peut l’appauvrir. Mes amis, n’oublions jamais que Dieu n’a pas besoin des hommes, ni même de leur adoration pour demeurer éternellement juste, pur, et saint. Il se passe de nos louanges pour briller de sa gloire éternelle. Il domine la création tout entière, et il appelle les êtres à l’existence sans le secours de notre intelligence ! Voici une manière un peu inhabituelle de présenter les choses, pour nous qui sommes sensibilisés à l’importance du témoignage et de la communion fraternelle ! Et pourtant, nous existons par lui, mais lui existe indépendamment de nous. Nous avons besoin de lui, mais lui, à strictement parler, n’a pas besoin de nous. Notre bonheur dépend de lui, mais le sien ne dépend pas de nous. Il n’y a rien de comparable entre sa majesté éternelle et les ors du plus beau palais. Il est infiniment grand en tout, si bien que le psalmiste s’étonne : « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui » ? Alors voyez, tout le miracle de Noël tient bien dans cette affirmation : Jésus-Christ se fait pauvre ! Personne, ni au ciel, ni sur la terre, ne l’a contraint à cela, si ce n’est, à l’intérieur de lui-même, une compassion infinie, comme lui seul peut la ressentir. Cette pauvreté n’est pas qu’un mot ou un sentiment. Elle est réelle et se traduit par un drame qui dépasse vraiment la raison. Comment concevoir que le créateur devienne créature ? Comment imaginer qu’étant au-dessus de tout, il devienne dépendant de tout au point d’avoir besoin d’une mère et d’un père, de leurs soins, de manger, de boire, de dormir, de se soigner et de se vêtir, de prier et de supplier ? Il devient si petit, si faible et si insignifiant que personne ne prend garde à lui. Il devient si fragile et si vulnérable que les hommes pourront faire de lui ce qu’ils voudront. Il aurait pu devenir un surhomme en gardant ses distances avec l’humanité ; c’est ce que les fables de la mythologie ont imaginé. Mais sa pauvreté va vraiment très loin car il va prendre sur lui ce qui est le plus laid et le plus lamentable chez nous : le péché. Le Dieu saint devient coupable ! Le Dieu saint mérite la condamnation et la mort ! Le Dieu saint devient mortel ! En Christ désormais, l’homme aura un pouvoir : blesser Dieu, le briser, l’anéantir, en faire un objet de honte et de mépris, la risée des grands et des petits, lui qui pourtant est innocent, séparé des pécheurs et plus élevé que les cieux… ‘L’argent va à l’argent’, dit le monde, ‘On ne prête qu’aux riches’. « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés - dit Jésus - et je donnerai du repos à vos âmes » ! C’est tout cela, le miracle de Noël. La voilà, l’étonnante et surprenante charité du Sauveur ! En l’enfant de Bethlehem, Dieu vient habiter parmi les hommes pour les chercher et les sauver. II
Et maintenant, je dois vous convaincre que vous avez fait le bon choix en venant ici ce matin, après votre réveillon de Noël ! La vraie richesse est auprès de Christ ! Le Saint Esprit explique cela avec un paradoxe : c’est par sa pauvreté que vous avez été enrichis. Selon Le Journal du Net, les patrons des 120 principales sociétés cotées en France ont gagné en moyenne 1,7 million d'euros l'an passé, ce qui correspond à une augmentation de 21,4% par rapport à 2009. Un peu plus de 4600 euros par jour. Rarement une élite économique a été aussi déconnectée de la culture de son pays. Elle n’a que deux mots à la bouche : délocalisation et mondialisation ! Cela m’inspire une image pour parler de Noël : Dieu aussi a délocalisé, frères et soeurs ! Non pas à son profit : il a transféré sa richesse ailleurs ! De son monde, il est venu dans le nôtre pour nous faire engranger un profit inespéré ! Pourquoi Jésus a-t-il accepté ce transfert contre nature ? Parce que notre mal était beaucoup plus sérieux que la crise de la dette, le chômage et la précarité. Nous étions tous « comme des brebis errantes qui n’ont pas de berger » dit la Bible ; j’aurais envie de traduire : nous étions comme des SDF, des Sans Dieu Fixe ! Ne pas le reconnaître, ce serait ressembler aux pharisiens qui ne savaient que faire de la richesse de Jésus. Christ s’est déplacé à cause de notre misère, écrit Paul. Aucun Samu social ne pouvait nous en délivrer. Cette pauvreté était sans issue. A une époque où l’on parle si souvent de la précarité et de ses drames, rares sont ceux qui réfléchissent à l’origine de la vraie pauvreté qui fait tant souffrir genre humain, qui contamine toutes les relations entre les hommes et fait que leur comportement est souvent si désespérant. Quel langage faut-il donc parler pour toucher les coeurs ? Beaucoup, autour de nous, se désolent des inégalités sociales et voudraient que cela change, mais personne ne veut convenir que c’est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les fraudes, les détournements, les abus de toutes sortes, les mensonges, les calomnies. Très peu admettent que c’est ce coeur qu’il faut commencer par guérir. Et quand ils approchent de cette vérité, beaucoup veulent encore espérer en l’homme ; rares sont ceux qui, désespérant de l’homme, espèrent en Dieu ! Qui perd gagne : voilà le défi ! Il faut abandonner tous les faux semblants, nos a priori et se dépouiller de tout cela devant le trône de Dieu. Ce que je perds alors me fait gagner la vie, car l’enfant de Noël devient mon sauveur personnel ! Mais il faut avant tout déchoir de son orgueil. Voilà pourquoi, ce matin, la crèche de Bethlehem est si vide d’adorateurs, tandis que le marché couvert commence à grouiller de ménagères en quête de dindes et de chapons fermiers. Voilà pourquoi l’enfant Jésus est aujourd’hui encore si pauvre et délaissé, parce que très peu en veulent et savent vraiment quoi faire de lui. Rares sont ceux qui veulent s’encombrer de sa grâce. Quelle tendresse supplémentaire doit-il déployer pour attendrir les hommes ? N’est-il pas devenu assez pauvre ni assez vulnérable pour nous toucher ? N’a-t-il pas assez souffert à cause de nos péchés ? Ne trouvons-nous pas dans la crèche suffisamment de pardon, d’amour, de douceur et de bonté ? L’enfant Jésus n’est-il pas assez humain, ou démuni, pour qu’on se méfie de lui ? Et n’est-il pas venu d’assez haut pour pouvoir apaiser toutes les consciences du monde ? Soyons vraiment les pauvres en esprit dont parle l’Evangile, autrement l’enfant Jésus ne pourra rien pour nous. Dans l’Apocalypse, Dieu dit à la paroisse de Laodicée qui se croyait riche et bien-portante : « Je te conseille de t'acheter un collyre pour tes yeux, afin que tu voies. Car tu dis : Je suis riche, je me suis enrichie, je n’ai besoin de rien, alors que tu ne sais pas que tu es malheureuse et misérable, pauvre, aveugle et nue » (3.17-19). Frères et soeurs, puisse Dieu passer un collyre sur nos yeux pour que nous voyions chaque jour la limite de nos oeuvres et la vérité de nos sentiments, que nous ressentions un immense besoin d’être enrichis par Jésus et que ce besoin augmente en nous au point que nous soyons vraiment avides de ses richesses ! Voilà le miracle de Noël : Se laisser aimer par le Seigneur, et dire avec le psalmiste : « Sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. Mon corps et mon coeur peuvent s’épuiser, Dieu sera toujours le rocher de mon âme et ma bonne part » (Ps 73.26) ! Et maintenant, pour ceux qui éprouvent la culpabilité et dont l’âme est tourmentée, il faut apprendre le sens de ces paroles : « afin que par sa pauvreté vous soyez enrichis ». Leur but, en effet, n’est pas de nous effrayer, mais de fortifier notre espérance. Prenez d’abord son pardon ! Placez-le bien haut dans vos vies, pour en accompagner chaque étape ! C’est lui qui nous donne une bonne conscience. Avec ce pardon, nous avons une arme solide contre le désespoir. Avec lui, nous savons que Dieu est vraiment pour nous, de sorte que rien ne peut plus être contre nous : ni le doute, ni l’angoisse, ni la culpabilité qui est le fruit du péché. Christ apporte encore une autre valeur : toutes choses concourent à notre bonheur ! Notre foi doit grandir dans cette vérité pour en tirer de vraies consolations ; comment croire, en effet, que Dieu agit toujours pour notre bien au milieu des épreuves de la vie ? Voici encore une autre richesse en Christ : rien ne peut nous séparer de son amour. Sommes-nous faibles ? Il nous fortifie. Sommes-nous égarés ? Il nous cherche jusqu’à ce qu’il nous ait retrouvés. Sommes-nous inconscients ? Il nous rappelle à l’ordre. Il nous enrichit aussi de son Esprit qui est notre consolateur, et donc notre plus grand assistant spirituel. Car sans lui, nous ne savons ni croire, ni persévérer. Sans lui la crèche reste vide. Grâce à l’Esprit, nous avons le privilège de prier et ainsi de verser dans le coeur de Dieu toutes nos peines et tout ce dont nous avons besoin. Enfin, à l’image des Eglises de Macédoine, Jésus nous donne une autre richesse : celle de l’aimer, de le servir, afin que notre vie soit belle, utile, agréable parce qu’il y prend plaisir. Voici les richesses qui nous suivront dans le ciel. Frères et soeurs, il n’y a jamais de disparité dans les salaires que donne le Seigneur, jamais d’exclus privés de ressources spirituelles. Toutes ses richesses, l’enfant Jésus les a déposées dans la parole et les sacrements. C’est là qu’il nous les distribue. C’est là qu’il a promis de demeurer lui-même avec nous. Alors venons à Jésus, tels que nous sommes, et faisons fortune auprès de lui ! C’est pauvre qu’il est venu nous aimer. Laissons-le faire et donnons-lui cette superbe responsabilité : nous enrichir de la grâce et de la vie éternelle ! Joyeux Noël ! ***
1° dimanche de l'Avent Texte: Psaume 25 :1-9 Claude LUDWIG - 27/11/2011
1. Éternel! j'élève à toi mon âme. 2 Mon Dieu! en toi je me confie: que je ne sois pas couvert de honte! Que mes ennemis ne se réjouissent pas à mon sujet! 3 Tous ceux qui espèrent en toi ne seront point confus; Ceux là seront confus qui sont infidèles sans cause. 4 Éternel! fais moi connaître tes voies, Enseigne moi tes sentiers. 5 Conduis moi dans ta vérité, et instruis moi; Car tu es le Dieu de mon salut, Tu es toujours mon espérance. 6 Éternel! souviens toi de ta miséricorde et de ta bonté; Car elles sont éternelles. 7 Ne te souviens pas des fautes de ma jeunesse ni de mes transgressions; Souviens toi de moi selon ta miséricorde, A cause de ta bonté, ô Éternel! 8 L'Éternel est bon et droit: C'est pourquoi il montre aux pécheurs la voie. 9 Il conduit les humbles dans la justice, Il enseigne aux humbles sa voie. (Psaumes 25) Notre Psaume commence par ces simples paroles : "Eternel, j'élève à toi mon âme". Quelle belle manière de commencer une prière! Cela veut dire: Eternel, reçois mon âme avec ses soupirs et ses demandes. Je dépends entièrement de toi. Je suis comme le petit enfant dont le sort et la vie dépendent de ses parents. Eternel, je n'ai que toi! Tout mon destin est lié à toi. Eternel, prends soin de moi comme une mère prend soin de son bébé. Voilà une belle introduction pour le temps de l'Avent! Quand les membres d'une paroisse ont soif du Dieu vivant, ils ont la soif d'une paroisse vivante. Ils ont faim de Dieu comme on a faim de pain, et ils seraient bien malheureux s'ils venaient à manquer de ce pain. Rendons grâces à Dieu chaque fois qu'il nous donne faim de sa présence. C'est le signe d'une bonne santé spirituelle, une excellente manière d'entrer dans le temps de Noël. Avec le psalmiste, préparons le temps de Noël! Disons avec lui: Eternel, ceux qui espèrent en toi n'auront point à rougir ; I
C'est d'une manière très réaliste que le psalmiste commence sa prière. "2 Mon Dieu! en toi je me confie: que je ne sois pas couvert de honte! Que mes ennemis ne se réjouissent pas à mon sujet ! 3 Tous ceux qui espèrent en toi ne seront point confondus ; Ceux-là seront confondus qui sont infidèles sans cause. (Psaumes 25)" Qu'est ce qui nous empêche le plus d'élever notre âme vers Dieu et de lui faire confiance? C'est la peur d'avoir à rougir de lui, la peur que le diable, le monde et la chair se moquent de notre foi en nous disant: Où est ton Dieu dans les problèmes de l'existence? Où est-il quand tu souffres, quand tu pleures, quand tu connais l'échec, quand tu as peur ? Où est-il quand les chrétiens sont malades, quand la mort s'approche, quand ils sont persécutés ? A quoi te servent tes prières, tes cultes et tes instants de méditation quand le mal triomphe partout ? On rougit quand on s'est trompé d'espérance, quand la prière semble être un échec, quand la foi est source de tristesse et non de joie, quand la peur triomphe de la consolation, quand les faits ne sont pas à la hauteur des promesses, quand l'attente est récompensée par la déception, quand on se croyait riche, alors qu'on se voit pauvre. Elle est légitime, la prière du psalmiste : Eternel, j'ai tout misé sur toi, alors ne permets pas que le monde se moque de ma confiance et qu'il se réjouisse de mon sort comme si j'étais abandonné, livré à l'aventure. Dans une prière semblable, Jérémie dit à l'Eternel : "Pourquoi ma souffrance est elle continuelle? Pourquoi ma plaie est elle douloureuse, et ne veut elle pas se guérir? Serais tu pour moi comme une source trompeuse, Comme une eau dont on n'est pas sûr? (Jérémie 15:18)" Vous aussi, chers amis, vous n'échappez pas à ce genre de question, surtout dans les moments de déprime. C'est vrai, quoi, quand on a tout misé sur Dieu, parce qu'il nous a fait des promesses immenses, on est en droit d'avoir des preuves de sa fidélité. Ce peut-il qu'il y ait parmi nous des croyants qui pourraient dire un jour : J'ai eu à rougir de mon Dieu. Ma foi n'a pas vu les signes de sa force. Précisément, ces questions légitimes nous poussent à sonder, avec le psalmiste, la fidélité de Dieu. Il écrit : "Tous ceux qui espèrent en toi ne seront point confus". Quelle preuve, Dieu nous a-t-il donnée de sa fidélité au point que nous puissions dire : jamais nous ne serons frustrés ? Ce témoignage nous l'avons dans l'événement de Noël, c'est à dire dans la venue de l'enfant Sauveur. Chaque fois que nous célébrons la naissance de Jésus, nous célébrons le temps de la fidélité de Dieu. Comme il l'avait juré aux croyants d'autrefois, il nous a suscité un puissant Sauveur qui nous délivre de tous nos ennemis. Grâce à l'accomplissement de ce temps, le ciel n'est pas vide d'amour. Au contraire, "si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, comment ne nous donnerait-il pas aussi toutes choses avec lui ?" Dans un autre texte, le psalmiste confesse : "Ta fidélité est un bouclier et une cuirasse". La venue de Jésus sur notre terre est un solide refuge. Nous pouvons compter sur Dieu. Il ne nous abandonnera jamais. Tout ce qu'il fait pour nous ne sera jamais un sujet de honte ou de confusion : toutes choses concourent à nous sauver pour le temps et pour l'éternité. Voilà pourquoi notre âme peut s'élancer vers Dieu. Nous n'aurons jamais à rougir de son aide, de sa puissance et de son secours. La foi chrétienne n'est pas semblable à une banque à risque dans laquelle on fait des placements pour se faire voler ! Dieu ne décevra jamais ceux qui espèrent en sa bonté ! C'est pourquoi nous devons faire beaucoup de placements en Dieu: Lui confier notre vie et notre âme, nos biens et nos projets, nos amis et notre paroisse. Nous devons lui confier nos peines et nos chagrins, nos craintes et nos faiblesses, nos peurs et nos doutes. Nous ne serons pas volés. II
Deuxièmement, en ce temps de l'Avent, disons avec le psalmiste: "Eternel, fais moi connaître tes sentiers, conduis moi dans ta vérité et instruis moi". Il se peut que Dieu nous déçoive, non parce qu'il ne serait pas fidèle, mais parce que nous lisons mal notre Bible et que nous perdons de vue ses instructions. Israël se plaignait souvent de Dieu : Dieu, tu nous as abandonnés ; tu nous laisses mourir de faim et de soif dans le désert ; tu as perdu de vue ton alliance ; etc. Mais ce n'est pas Dieu qui changeait ou qui oubliait, c'était le peuple qui perdait de vue la parole et les instructions de son Dieu. C'est à cause de cet oubli que la majorité du peuple ne verra pas en Jésus son Messie. Dieu a été fidèle, mais le peuple n'a rien vu. Dieu a été grand et fort dans son aide et ses prodiges, mais le peuple a été aveugle. Dieu a bel et bien cherché et racheté son peuple, mais le peuple n'a pas vu le prix de cet amour. Aujourd'hui, pareillement, il y a des déçus du christianisme, non parce que la Bible serait devenue fade, mais parce qu'ils n'attendent plus grand chose du livre de Dieu ou bien ils attendent autre chose. Ils cherchent le royaume de Dieu dans des doctrines humaines, dans l'avenir politique et social du monde, dans le pouvoir des hommes à se liguer ensemble contre les misères du monde. Ils comptent plus sur la solidarité des hommes que sur celle de Dieu. Ils attendent davantage de prodiges des oeuvres des hommes que des oeuvres de Dieu. Le Christ reste fort et victorieux, mais ils ne s'en servent plus pour réchauffer leur foi. Ils ont trouvé le Dieu écolo, et avec ce Dieu ils vont sauver la planète ! Tout un programme ! Quand Israël abandonnait l'Eternel, alors l'Eternel le livrait aux échecs, aux déceptions et à la ruine, pour lui rappeler que lorsqu'on se détourne de lui, c'est alors que tout va de travers. "Si l'Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain", écrit le psalmiste. Cette vérité reste vraie et se vérifie toujours. L'Eglise ne fait rien de bon quand elle perd de vue la parole et les sacrements. Elle perd tout : son âme, son espérance et sa victoire sur toutes les misères du monde. Il y a des chrétiens qui raisonnent à l'envers. Ils se disent : la foi ne m'apporte pas grand chose, je n'ai que faire de Dieu et de sa Parole. Je m'en tirerai tout seul. Quand un chrétien finit par se passer de son Dieu, c'est qu'il a perdu de vue la force de sa grâce et la grandeur de sa fidélité. Il est en train de construire sa maison sur du sable. Paul dit que la foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la Parole de Dieu. La foi ne s'invente pas. Elle n'est pas l'oeuvre de l'homme. Elle ne peut pas rester victorieuse sans ses instructions. Sans Dieu, l'homme s'égare dans des considérations vaines. Sans Dieu, Israël s'est trompé de Messie et a crucifié son Seigneur de gloire. Le psalmiste en est conscient, c'est pourquoi, il nous fait dire dans sa prière: Eternel, enseigne moi, et instruis moi. La parole de l'Eternel est droite et nous montre la force qu'il a déployée en Jésus Christ pour nous arracher à la puissance du péché et du diable. En Jésus Christ, sa fidélité s'élève jusqu'aux cieux. Si nous voulons vraiment préparer nos coeurs à une belle fête de Noël, il nous faut prier avec le psalmiste: Seigneur, instruis nous : Fais nous voir les merveilles de ton secours. Chaque jour nous oublions la force de ton bras. Nous oublions que tu as déchiré les cieux et que tu es descendu dans nos vies pour nous prendre en charge. C'est toi qui nous sauves et qui nous bénis. C'est toi qui nous fais triompher de toutes les désespérances. Prépare nos coeurs à te recevoir. Que chaque verset biblique soit une lampe à nos pieds, une lumière sur notre sentier, un éclairage dans nos errements et nos ténèbres. Alors nous verrons comment tu nous rends plus que vainqueurs au sein de ce monde d=égarements. Alors nous pourrons dire avec le psalmiste: "quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi". Voilà donc une prière très importante pour ce temps de l'Avent: Eternel, instruis moi et enseigne moi pour que je voie comment tu me protèges et me gardes chaque jour de ma vie. III
Enfin, le psalmiste nous invite à redire une des prières les plus importantes qui soient, une demande qui est au centre de notre consolation d'enfant de Dieu : "Eternel, souviens toi de ta miséricorde, ne te souviens pas des fautes de ma jeunesse, ni de mes transgressions". Cette prière nous rappelle d'où vient vraiment le malheur de notre coeur, avec ses tristesses, ses déceptions, ses tiédeurs. Le péché nous rend terriblement indigents. Il nous attriste et démolit nos relations avec Dieu. Le psalmiste se souvient que depuis le temps de sa jeunesse le péché a plombé sa vie. Combien de fois il est tombé ; combien souvent il n'a pas vu la grandeur de son Dieu ; combien souvent il a été infidèle, tiède, oublieux. Combien souvent il a tenté Dieu par des négligences, des révoltes ou par orgueil. Et maintenant, de quel droit peut il interpeller Dieu et exiger qu'il soit fidèle à ses promesses ? Quel mérite peut il faire valoir pour que Dieu lui soit favorable et persiste à le garder? Quand il fait le bilan des années passées, il en est effrayé. "Seigneur, ne te souviens pas de mes péchés depuis ma jeunesse !" Dieu serait en droit de le traiter à la mesure de ses fautes. Nous avons tous, comme le psalmiste, un bilan très lourd. Et si Dieu nous décevait comme nous le décevons ? Et s'il répondait à nos doutes répétés par des silences répétés ? Notre société est fondée sur le principe du droit : droit à la vie; droit aux soins ; droit à l'assistance ; droit de vote et droit de contester. L'Eglise n'est pas une société de droits, dans laquelle chacun pourrait se présenter devant Dieu avec des revendications et des pancartes pleines de slogans du genre : droit à l'amour, droit au pardon, droit à la grâce, droit à la bénédiction, droit au pain et à l'argent du pain, droit à la protection, au salut et au bonheur éternel. Nos péchés ne nous donnent aucun droit. L'Ecriture dit : "Si tu gardais le souvenir de nos iniquités, Eternel Seigneur, qui pourrait subsister devant toi... Nous sommes consumés par ta colère, et ta fureur nous épouvantes... Tu mets devant toi nos fautes cachées, et à la lumière de ta face nos iniquités... tous nos jours disparaissent par ton courroux." Aussi bien, le psalmiste n'a qu'un seul refuge : la miséricorde. Dieu est riche en miséricorde, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité. Le prix de cette miséricorde immense est tout entier en Jésus Christ. A cause du sang versé et du sacrifice accompli, Dieu ne nous traite pas selon nos péchés; il ne nous punit pas à la mesure de nos iniquités. Mais autant les cieux sont élevés au dessus de la terre, autant il éloigne de nous nos transgressions. Il n'y a pas de belle préparation du temps de Noël sans redécouverte de la miséricorde de Dieu en l'enfant de la crèche. Le temps de l'Avent est le temps où chacun doit prendre du temps pour méditer le temps de la grâce et refaire le plein d'amour et de paix. Nous avons un immense besoin de nous savoir aimés très fort, sans quoi l'âme dépérit, la foi se dessèche, la prière s'éteint, le coeur se glace, la crainte domine et le désespoir grandit. Grâce à Jésus, Dieu est si bon en amour qu'il nous donne des droits sur son coeur, et cela est merveilleux. Grâce à Jésus, nous sommes dans notre droit lorsque nous cherchons le pardon, l'amour, la paix, la consolation et la joie. C'est au creuset de cette immense miséricorde, que le croyant refait ses forces et triomphe de tout. Donc, en ce temps de l'Avent, prions de tout notre coeur la prière de David: Eternel, ceux qui se confient en toi ne seront point frustrés ; Eternel, instruis nous pour que nous marchions dans ta vérité; Eternel, souviens toi de nous et pardonne nous, à cause de ta miséricorde. Amen ! ***
1 Corinthiens 1. 4 9 Claude LUDWIG octobre 2011
4 Je rends à mon Dieu de continuelles actions de grâces à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée en Jésus Christ. 5 Car en lui vous avez été comblés de toutes les richesses qui concernent la parole et la connaissance, 6 le témoignage de Christ ayant été solidement établi parmi vous, 7 de sorte qu'il ne vous manque aucun don, dans l'attente où vous êtes de la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ. 8 Il vous affermira aussi jusqu'à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus Christ. 9 Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur. __________.__________
Paul commence très fort sa première épître aux Corinthiens. Je rends grâce à Dieu pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée en Jésus Christ. Vous êtes comblés, vous êtes riches, si riches qu'il ne vous manque aucun don jusqu'au retour du Christ". Quelle introduction ! Quel éloge ! Quelle salutation généreuse ! Paul ne parle pas de budget confortable, de lieu de culte superbe, de statut social hors du commun, de communauté visible impressionnante, de pasteurs et d'évêques de renom, autant de choses qui fascinent les yeux et qui trompent souvent les gens sur les valeurs sûres du royaume. Les gens aiment bien se tromper de valeurs. Voici souvent ce qui les fascine : C'est une paroisse forte, ils sont plus de 5OO. C'est un lieu sacré, voyez cette basilique splendide ! Regardez cette piété; les pèlerins sont des milliers! Admirez la qualité de cette cérémonie, témoignage d'une foi vivante! Voyez ce clergé nombreux ! Voyez ce décorum, Dieu ne peut pas être absent quand on le célèbre si richement ! etc. Vu sous cet angle, la paroisse du Christ à Mulhouse ne vaut pas le détour. Rien de très spectaculaire. Pas de quoi remuer le ciel. Pourtant, vous avez toutes les meilleures raisons du monde de vous réjouir de votre paroisse, parce que vous êtes vraiment des chrétiens riches. Vous êtes les chanceux du ciel . Vous êtes les nantis de la grâce. Vous êtes les chouchoutés du Père céleste. Tout est à vous et rien ne vous manque. Et j'espère que vous avez des yeux pour voir cette richesse. Laissez de côté l'argent, les budgets, les orgues, les vitraux, les renoms et les chiffres. Examinez avec Paul votre vraie richesse ! Avec l'apôtre, je suis autorisé à vous dire aujourd'hui : Chrétiens de la paroisse du Christ à Mulhouse, je rends à mon Dieu de continuelles actions de grâces à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée en Jésus Christ, car en lui, vous avez été comblés de toutes les richesses qui concernent la parole et la connaissance. Oui, vous, les fidèles de cette paroisse, regardez vous comme très riches. En voici les raisons énumérées pour vous par l'apôtre 1) Vous êtes riches parce que la parole et la connaissance ont solidement établi parmi vous le témoignage de Christ 2) Vous êtes riches parce qu'il ne vous manque aucun don, maintenant et à jamais 3) Vous êtes riches parce que vous serez affermis et rendus irréprochables pour le jour de Christ 4) Vous êtes riches, parce que l'auteur de toute cette richesse est votre Dieu fidèle. Ah comme il est difficile de croire Paul ! Nous aussi nous nous laissons séduire par le matériel et le spectaculaire, mais si mal par le spirituel. Nous nous laissons attirer par les oeuvres humaines, mais oublions celles de Dieu. Nous sommes souvent comme Israël : Goliath nous impressionne, mais le petit berger David nous fait honte. 1) Puisse le Saint Esprit nous aider à faire le bilan de notre vraie richesse. Paul commence par dire : Chrétiens, vous êtes vraiment très riches parce que la parole et la connaissance ont établi dans vos coeurs le secret des vraies valeurs, et ces valeurs sont : le témoignage de Christ. C'est à dire, tout ce qui concerne la personne du Christ et le sens de son sacrifice expiatoire. Depuis L'année 1904, année de la dédicace de votre paroisse, les pasteurs Amling, Willkomm, Mueller, Wolff, Bricka, Bohy et Poillet n'ont pas arrêté de vous enseigner les Saintes Ecritures pour que grandissent en vous, dimanche après dimanche, et par les catéchismes, les instructions et les études bibliques, tout ce qui concerne le Christ et son oeuvre de salut. Ainsi, le témoignage de Christ a été solidement établi parmi vous. Ils ont passé du temps à vous dépeindre la personne divine de Jésus, sa puissance éternelle, son amour infini. Ils vous ont consterné par sa personne humaine, son abaissement indigne, sa malédiction odieuse et le don total de sa vie. Ils vous ont émerveillé au delà de toute pensée par son sang précieux répandu pour la rémission des péchés. Ils ont puisé dans les Evangiles les propos du Seigneur; ils ont évoqué ses miracles, ils ont expliqué ses paraboles, ils vous ont étonnés par ses discours profonds, pour que ce Christ vous devienne cher, que sa grâce vous attire, que son sacrifice vous donne soif, que son pardon vous soit incontournable, que sa bonté vous console, que ses paroles et ses promesses soient recherchées comme des trésors infinis qu'on se repasse en boucle pour n'en perdre aucune miette. Ils vous ont invités à dire avec Paul : Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. Avec Christ j'ai Dieu pour moi. Avec Christ, personne ne peut être contre moi. Avec Christ, je puis tout, parce qu'il me fortifie. Avec lui, j'ai un pardon certain, total, chaque jour renouvelé, chaque soir certifié. Avec Christ, rien ne peut me séparer de l'amour divin. Avec Christ toutes choses, même les plus nuisibles, concourent à mon bonheur total. Avec Christ, j'ai accès au trône de la grâce. Le coeur du Père céleste m'est largement ouvert. J'ai des droits sur Dieu comme si J'étais son Fils unique. Avec Christ même le Saint-Esprit soupire et prie avec moi en vue de bénédictions qui dépassent l'entendement. Voilà ma richesse ! Voilà ma folie spirituelle : voilà ma gloire ! Car la folie de Dieu est plus riche que le monde avec toute sa sagesse. 2) Examinons maintenant notre deuxième richesse. Elle est fascinante à l'extrême. Paul ose nous dire : "En Christ, il ne nous vous manque aucun don dans l'attente où vous êtes de la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ". Je ne sais pas si vous avez pesé le poids de ces mots : il ne vous manque aucun don... jusqu'à la fin. En disant cela, l'apôtre garantit aux croyants du monde entier et jusqu'à la fin des temps un parcours riche et sécurisé dont l'Ecriture est le trésor parfait. A qui s=adresse l'apôtre? A tout croyant, donc aussi au faible, au débutant dans la foi, au pécheur autrefois pas très vertueux, aux affreux qui s'étaient marginalisés par leur inconduite. Ecoutez bien : lorsque le Christ entre dans le coeur d'un pécheur repentant et croyant, ce pécheur possède aussitôt la somme totale, complète, extrême de toutes les bénédictions divines qui contribuent à son salut. Selon l'Ecriture, Il n'existe pas de salut au rabais. Il n'existe pas de salut à perfectionner. Il n'existe pas de salut en pointillé. Il n'existe pas de salut en kit auquel manqueraient des morceaux. Ce salut n'est pas comme ces notices énigmatiques écrites en charabia. Ce salut n'est pas un carrefour géant sur lequel tout le monde s'égare, parce que personne ne trouve la bonne route. La richesse de ce salut n'est pas indexée aux cours de la Bourse ni tributaire des crises financières. Cette richesse ne s'use pas avec le temps. Elle n'est pas affectée par les circonstances d'un monde changeant ou bouleversé. Le Dieu fort de Moïse est encore aujourd'hui ton Dieu ! Ce salut n'est pas le domaine réservé et exclusif des sages et des intelligents bardés de diplômes. C'est tout le contraire car Jésus dit: "Je te loue, Père, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que tu les as révélées aux enfants". Ce salut n'est pas le privilège des débrouillards et des grandes gueules, si bien que les paumés seraient largués au bord de la route. Nous ne venons pas à l'Eglise pour entendre des spéculations, pour nourrir des hypothèses, encore moins pour alimenter la confusion, ou pour découvrir un trésor dont personne ne connaît le secret. Donc, nous ne venons pas à l'Eglise pour faire du salut-fiction. La Bible parle clairement de deux chemins au parcours certain : celui de la perdition éternelle, avec comme garantie : l'enfer; et celui de la vie éternelle, avec comme garantie : le paradis. Pas moyen de confondre. Pas moyen de s'égarer. Pas moyen de dire: je ne savais pas. En Christ, Dieu est tout en tous, dit l'Ecriture. C'est considérable ! C'est une richesse qui dépasse toute pensée humaine. Tout croyant fidèle et sincère en est le bénéficiaire. Voilà pourquoi le larron repentant a été gratifié, malgré l'horreur de ses crimes passés, d'un salut immédiat, total, absolument parfait. Paul dit : Vous avez tout pleinement en Christ. Chrétien, tu es riche, parce que toi aussi tu as tout pleinement en lui. Surtout ne cherche pas à parfaire cette richesse par des mérites, par des pensées mystiques de ton crû contraires à l'Ecriture, par des prophéties modernes inattendues ou nouvelles qui voudraient compléter la révélation sacrée. Mon ami, grave sur le roc cette parole : "En Christ, tu as tout pleinement". En Christ tu ne manques d'aucun don. Alors arrête de te sentir frustré. Arrête de te voir pauvre. Arrête de te croire exclu des richesses de ton Christ. Il ne te ment jamais. Ou veux-tu le faire pleurer comme il a pleuré autrefois sur Jérusalem qui voulait ignorer combien elle était aimée? 3) Passons maintenant à notre troisième richesse : Paul écrit:"Il vous affermira aussi jusqu'à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus Christ". Vous avez entendu ? Votre Seigneur s'engage. Il ne fait pas son travail à moitié. Il rendra chacun de vous irréprochable. Irréprochable: Cela ne veut pas dire sans péché. Cela veut dire invincible et sans défaillance dans la foi véritable, celle qui a les promesses de la vie présente et de la vie à venir. Paul affirme ici une autre grande vérité souvent oubliée. Le Seigneur, qui nous assure que nous ne manquons de rien, ne se contente pas de nous conseiller, de nous stimuler, de nous fustiger si nécessaire. Il ne se contente pas de nous encourager au bord du chemin comme on le fait pour stimuler des sportifs. Il fait beaucoup mieux, il fait beaucoup plus. Il court avec nous, il nous prend par la main, il porte nos charges, il soulage nos efforts. En lui, nous avons un infirmier toujours actif, un surveillant toujours vigilant, un conseiller toujours prêt à investir ses pouvoirs en notre faveur, un médecin performant, professionnel, spécialiste, de grand renom. Car "celui qui a commencé en nous la bonne oeuvre du salut en poursuivra aussi l'achèvement jusqu'à l'apothéose finale, dit l'Ecriture". Donc, il est clair que la bataille victorieuse de la foi est menée par lui en nous. C'est génial. La parole et les sacrements sont les armes du croyant. Par elles le Seigneur s'active en nous, nous fortifie, nous protège, et nous rend plus que vainqueurs. Ecoutez cet engagement total du Seigneur: "Par la puissance de Dieu, vous êtes gardés par la foi pour le salut". C'est comme si le Seigneur, qui nous a placés sur les rails de la foi pour le long parcours vers la vie éternelle, nous disait : contente toi de me donner la main. Moi, je te tiens ferme. Je te rends fort, même si tu es faible. Moi Je te rends vaillant, même contre tes peurs. Moi Je te rends solide, même contre le diable et les puissances de ce monde. Moi Je ne te quitterai pas jusqu'à ce que tu mettes les deux pieds dans le paradis. La foi n'a donc rien d=autre à faire que d'apprendre à se laisser enrichir, apprendre à s'en remettre toujours plus entre les mains du Seigneur, surtout contre le sentiment d'abandon, de faiblesse, d'indignité, aussi contre l'inimitié, l'adversité et la mort. 4) Passons maintenant à notre dernière richesse qui sera notre conclusion sur l'ensemble de nos richesses en Christ. Paul conclut : "Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur" C'est comme si Paul nous disait maintenant : Certes, te voilà un chrétien vraiment très riche. Et je t'invite à te considérer comme tel. Mais je connais tes doutes récurrents et tes objections lancinantes. Tu te dis : qui me garantit tout cela ? Quelle marque céleste indélébile m'assure des choses aussi fortes? Mon ami, veux tu une signature qui fait foi ? Eh bien ouvre ta Bible et regarde comment Dieu a scellé à tout jamais sa fidélité à travers les temps de l'humanité, depuis le commencement : Lorsque les temps ont été accomplis Dieu a manifesté son immense fidélité en envoyant le Christ, son Fils bien aimé. Ecoutez les belles confidences de la Bible : "Christ s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté nous soyons enrichis". Nous sommes si riches que nous acceptons d'être taxés sur cette richesse, car nous en enrichissons plusieurs, comme le dit Paul. Chaque fois que nous disons à quelqu'un : mon ami, laisse-moi te parler de Jésus, ton Sauveur, aussitôt nous déposons devant lui la fortune du ciel ! Et nous lui offrons de piller à pleines mains les trésors de la grâce. Nous acceptons volontiers ce pillage car notre capital salut ne diminue jamais. Voilà mes amis notre immense richesse ! Cependant, osons un avertissement : Il est biblique : "Prends garde à ce que tu as, afin que personne ne te ravisse ta couronne". Prends garde, afin que tu ne deviennes pas un jour un infortuné éternel à jamais privé de l'amour du Père parce que tu aurais oublié la richesse de la grâce. Il nous reste une prière à faire, prière que Dieu ne nous refusera pas : Seigneur, donne nous l'Esprit Saint pour que nous ayons soif de cette richesse et que nous sachions en profiter pleinement jusqu'au jardin des richesses éternelles ! Amen. ***
Genèse 8.15-22 (Fête de la Réforme) Et c’est sur ce texte qu’il va nous faire un sermon de la Réforme ? Oui, frères et soeurs, c’est sur ce texte ! Bien qu’il parle du déluge et non de la Réforme. Il y est question d’une terrible catastrophe naturelle qui vient de prendre fin, d’une arche qui a sauvé de la noyade Noé et sa famille, d’animaux sacrifiés sur un autel, de semailles et de moisson, de l’été et de l’hiver, du jour et de la nuit. Or célébrer la Réforme, n’est-ce pas parler du combat de Martin Luther et des autres Réformateurs, de l’autorité de la Bible, du salut de l’âme, de la justification par la foi seule, de vérité et d’erreur, de l’enseignement des apôtres et des prophètes, et mettre en garde contre les fausses doctrines ? Mais regardons de plus près : nous avons dans notre texte tous les ingrédients qui nous permettent de rappeler les grandes bénédictions que la Réforme a apportées à l’Eglise. Il y est question d’une arche, de terre ferme, d’un autel, d’un sacrifice et des promesses que Dieu fit à Noé et aux siens. Tout cela, nous allons le transposer dans le domaine spirituel pour en tirer un enseignement qui doit remplir nos coeurs de reconnaissance. Et qu’on ne dise pas que nous jouons avec les mots en faisant cela, car l’Ecriture Sainte elle-même nous y invite. L’apôtre Pierre parle dans sa première épître de la patience de Dieu qui se prolongeait tandis que Noé construisait l’arche et dit de l’eau du déluge : « C’est une figure du baptême qui vous sauve, à présent, et par lequel on ne se débarrasse pas de la souillure de la chair, mais qui est la demande adressée à Dieu d’une bonne conscience, par la résurrection de Jésus-Christ » (1P 3.20-21). Avec une telle affirmation nous sommes, frères et soeurs, au coeur même de la Réforme. 1) Imaginez un peu la scène. Pendant 40 jours et 40 nuits l’eau a jailli des profondeurs de la terre et des pluies torrentielles l’ont recouverte. Tant et si bien que Noé et les siens durent rester dans l’arche pendant exactement 1 an et 17 jours. Dixit la Bible ! Cette fois-ci la colombe n’est pas revenue. Signe que le niveau de l’eau laissait à nouveau la végétation se développer. La porte s’ouvre. Noé, sa femme, ses trois fils et leurs épouses sortent de cette énorme péniche dans laquelle ils ont passé près de 380 jours et autant de nuits. L’épreuve est terminée, car il faut s’imaginer ce que c’était : vivre dans une immense caisse en bois, sans jamais pouvoir en sortir pour respirer l’air frais et se dégourdir les jambes, une arche dans laquelle il a fallu cohabiter avec une foule d’animaux dont tous n’étaient pas aussi sympas que le mignon petit koala qui grignote ses feuilles d’eucalyptus, le chaton qui ronronne ou le rossignol qui chante sa joie de vivre. Non, il y avait aussi tous les autres qu’il a fallu nourrir, dont il a fallu supporter les sautes d’humeur, le mauvais caractère, les coups de gueule et les odeurs fétides. Et puis Noé était âgé de 600 ans, sa femme sans doute de presque autant. Alors il était grand temps que tout cela se termine. Cela commençait à bien faire. Mais le résultat est là : cette arche les sauva du déluge. Savez-vous pourquoi ? Tout simplement parce que c’était l’arche de Dieu. Il en était l’architecte ou l’ingénieur. Il en avait conçu le plan et choisi les matériaux. Noé n’en fut que l’exécutant. Rien à voir avec le Titanic, ses chromes et ses bois précieux, ses moquettes, ses salons et ses chambres de luxe. Le Titanic réputé insubmersible, orgueil du savoir-faire humain, qui coula dans la nuit du 15 avril 1912 pour avoir heurté un iceberg et périt corps et biens. Ici, ce n’est que du bois, taillé grossièrement à la hache. Pas de laque ni de dorures, rien pour lui donner de l’allure. Mais l’arche résiste aux terribles vagues d’un déluge qui en 40 jours recouvre toute la terre, Mont-Blanc, Kilimandjaro et Himalaya compris. L’arche est l’oeuvre de Dieu. C’est pour ça qu’elle résiste et qu’elle sauve Noé et sa famille. Connaissez-vous une autre arche, construite elle aussi par Dieu, un bâtiment qui sauve du péché, de la mort et de l’enfer ? Je vais vous mettre sur la piste avec ce texte de l’apôtre Paul : « En Christ, tout l’édifice bien coordonné s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous aussi, vous êtes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu en Esprit » (Ep 2.21-22). L’arche dont je veux vous parler est l’Eglise chrétienne. Pas l’Eglise catholique, anglicane ou réformée. Pas non plus l’Eglise luthérienne. Non, je parle de l’Eglise chrétienne que Luther a définie comme l’assemblée de tous les croyants du monde, l’ensemble de tous ceux qui sont rachetés, justifiés et sauvés par le sang du Christ. On exige de nos jours que tous les pétroliers du monde aient une double coque pour résister aux tempêtes et conserver leur précieuse cargaison. L’arche que Dieu fit construire à Noé se posa indemne sur le Mont Ararat sans avoir de double coque. Mais le Seigneur avait dit à Noé de l’enduire de poix, c’est-à-dire de goudron naturel. Et c’est ce qui la sauva. L’Eglise chrétienne est enduite, quant à elle, de sang, du sang précieux du Christ comme d’un agneau sans défaut ni tache, semblable au sang dont les Israélites enduisirent le linteau de leurs portes pour échapper au jugement de Dieu qui frappa les Egyptiens. Il est un sang qui préserve l’Eglise chrétienne du naufrage. Ce sang qui nous protège, frères et soeurs, qui nous délivre du péché, de la mort et de l’enfer et qui rend l’Eglise chrétienne insubmersible, c’est le sang du Christ. Voilà ce que Luther nous a appris. Alors je n’ai qu’une chose à vous dire : veillez à toujours rester des membres de l’Eglise chrétienne, du peuple de Dieu. Le Seigneur lui-même avait fait entrer Noé et les siens dans l’arche. Et savez-vous ce que la Bible dit ? Elle dit textuellement que Dieu lui-même en ferma la porte (Gn 7.16). Quant à nous, Dieu nous a fait entrer dans l’arche de la nouvelle alliance. Nous sommes devenus par le baptême des membres de son Eglise. Faisons ce qu’il faut pour rester dans cette arche qui nous conduit au salut, car il n’y en a pas d’autre. Et sachons que cette Eglise est édifiée sur le fondement des apôtres et des prophètes, qu’elle vit par l’Evangile et les sacrements. Pour rester dans cette Eglise contre vents et marées, échapper au jugement qui attend ce monde et entrer dans la vie éternelle, allons là où le Seigneur fait entendre sa voix, où est prêché son Evangile et où sont administrés ses sacrements. C’est l’appel que lançait Luther quand il affirma dans la première des 95 thèses, sur la vertu des indulgences, que la repentance est, dans la vie du chrétien, une affaire de tous les jours. Prenons cela à coeur, frères et soeurs. Dieu construit lui-même son arche, l’Eglise dans laquelle il nous met à l’abri du péché, de la mort et de Satan. Pour beaucoup de gens autour de nous, ce bateau est trop exigu, trop petit. Ils s’y sentent à l’étroit. Ils rêvent d’une Eglise moderne, au goût du jour, dont la doctrine s’adapte aux idées du temps et dont la morale approuve ce qu’ils ont envie de faire. Et parce que ce n’est pas là sa mission, ou parce qu’ils ont d’autres rêves ou d’autres idées en tête, ils la délaissent, déçus, et cherchent leur bonheur ailleurs. Mais Luther nous a appris que l’Eglise chrétienne est le peuple des croyants que le Seigneur a rachetés, qu’il aime comme la prunelle de ses yeux et qu’il conduit vers la vie éternelle. Il nous a appris également qu’aussi longtemps que l’Evangile y serait annoncé dans sa pureté et les sacrements administrés conformément à leur institution, les portes de l’enfer n’auraient aucun pouvoir sur elle. Ce ne sont pas les belles voûtes gothiques, les vitraux et les grandes orgues qui la font vivre, ni rien de ce que font les hommes, mais la parole immuable de Dieu entendue avec humilité et joie, l’eau précieuse du baptême, le corps et le sang du Christ reçus avec foi et gratitude. 2) Le déluge avait pris fin. Il y avait longtemps qu’il ne pleuvait plus sur la terre. Qu’allaient découvrir Noé et sa famille en sortant de l’arche ? Allaient-ils marcher sur la terre ferme ou patauger dans la boue ? Combien de temps faudrait-il attendre pour trouver de quoi manger ? A quand les prochaines semailles et les récoltes ? Qu’est-ce qui les attendait ? Noé et les siens n’avaient qu’une garantie, qu’une source de certitude : ils sortaient de l’arche à la demande de Dieu : « Sors de l’arche, toi, ta femme, tes fils et de tes belles-filles ». Oui, ils allaient marcher sur une terre ferme, parce que Dieu le leur avait promis. Ce n’est pas eux qui avaient choisi cela. Si l’eau et l’arche les ont sauvés, c’est parce que le Seigneur en avait décidé ainsi. C’était leur certitude. Frères et soeurs, nous avons besoin de certitudes. Heureux l’enfant à qui ses parents disent de temps en temps en lui caressant les cheveux : « Tu sais, petit, nous t’avons voulu ! ». Heureux le mari ou la femme à qui son conjoint dit : « Si c’était à refaire, sois sûr que je t’épouserais à nouveau. Je n’en voudrais pas d’autre ! » Heureux l’employé qui, quand il se demande si son patron n’attend pas avec impatience son départ à la retraite s’entend dire : « Je ne vois pas comment l’entreprise pourrait tourner sans vous » ! Noé n’avait qu’une certitude, une seule, mais c’était du béton : « Si Dieu me demande de sortir de l’arche », se disait-il, « c’est parce que je peux à nouveau marcher sur une terre ferme ». Nous avons nous aussi besoin de certitudes pour être des gens heureux. Pour être des enfants de Dieu heureux, une seule nous suffira : la certitude que nous sommes aimés, aimés par Dieu. Besoin de savoir que nous ne sommes pas de simples pions entre ses doigts, de savoir que nous comptons pour lui, qu’il a un plan pour nous, un plan d’amour, de pardon, de délivrance et de salut. En un mot, nous avons besoin de marcher comme Noé sur une terre ferme. Savez-vous où trouver cette certitude ? Dans votre baptême. « Il opère la rémission des péchés, il délivre de la mort et du diable et il donne le salut éternel à tous ceux qui croient, conformément aux paroles et aux promesses de Dieu ». Tout comme l’eau du déluge. Une nouvelle vie avait commencé pour Noé quand il sortit de l’arche. Une vie nouvelle commença pour nous le jour de notre baptême. Ce jour-là, Dieu nous a placés sur une terre ferme. L’eau de notre baptême nous a plongés dans la mort et dans la résurrection et la vie du Christ. L’eau qui a coulé un jour sur votre front est le signe visible de l’alliance que Dieu a conclue avec vous. Voilà pourquoi elle vous fait marcher sur une terre ferme. Etre baptisé en Christ, c’est être scellé sur le Christ, le rocher du salut. C’est donc marcher sur une terre ferme. Voilà ce que la Réforme nous a réappris. 3) Et puis nous voyons Noé et les siens, à peine sortis de l’arche et heureux de pouvoir à nouveau marcher sur la terre ferme, faire quelque chose d’inouï. Ils ne tiennent pas de conseil de famille pour déterminer la marche à suivre : Qu’allons-nous faire maintenant ? Quelle est la priorité N° 1 ? Nettoyer autour de nous, remettre un peu d’ordre dans une nature ravagée par le déluge ? Construire une solide maison avec un bon toit ? Trouver un bon lopin de terre bien exposé pour le labourer, l’ensemencer et le préparer pour la prochaine récolte, pour que nous ayons de nouveau du blé et de l’orge dans nos sacs ? Aménager des enclos pour y faire paître les quelques vaches, brebis et chèvres qui nous restent, car nous aurons vite besoin de lait et de viande ? Certes, il y avait beaucoup à faire, mais vous savez ce qu’ils ont fait en premier, ce qu’il y avait de plus important pour eux ? Ils sont allés ramasser quelques belles pierres et ils ont bâti un autel. Noé immola des animaux et se prosterna avec sa famille. Et la Bible nous dit : « L’Eternel sentit une odeur agréable et il dit en son coeur : Je ne maudirai plus le sol à cause de l’homme, car le coeur de l’homme est disposé au mal dès sa jeunesse ». Noé voulait-il apaiser la colère de Dieu, se le rendre favorable ou simplement le remercier de lui avoir sauvé la vie, à lui et aux siens ? La Bible ne le dit pas. Par contre elle nous dit que le seul sacrifice qui apaise le Seigneur et qui met fin à la malédiction que le péché fait reposer sur l’homme est celui que son propre Fils a apporté à Golgotha. « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous, selon qu’il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois ». Le sacrifice de Noé n’a fait que préfigurer le sacrifice unique apporté par le Fils de Dieu lui-même. Le Seigneur n’a plus besoin d’être apaisé et réconcilié. Il l’est, et de façon durable. Voilà pourquoi les autels que nous lui bâtissons ne sont pas là pour expier nos péchés, mais pour lui dire nos louanges et notre adoration et pour faire monter vers lui le parfum de nos prières. Et aussi pour y recevoir l’eucharistie (« eucharistie » veut dire « action de grâces »), pour prononcer sur le pain et le vin une action de grâces et recevoir, en vertu des paroles que le Christ lui-même a dites un jour, son corps et son sang pour le pardon de nos péchés, pour recevoir cette nourriture et ce breuvage de l’immortalité qui nous donnent la force de marcher dans la foi jusqu’au jour où les voyageurs et pèlerins de Dieu que nous sommes poseront leur bâton et entreront dans le temple céleste, dans cette arche indestructible qu’est la Jérusalem d’en haut. 4) « Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l’été et l’hiver, le jour et la nuit ne cesseront pas ». Voilà ce que Dieu avait promis à Noé et à toute l’humanité. Voilà qui lui permettait et qui permet à chacun de nous de croire que le Seigneur tient tout dans ses mains, que rien ne lui échappe, que la vie sur terre est possible à condition que nous ne cassions pas tout. D’ailleurs n’est-il pas surprenant qu’elle ait pu subsister jusqu’à maintenant, malgré les pesticides et les insecticides de toutes sortes, le nitrate d’ammonium stocké par centaines de tonnes au coeur de nos villes et les autres produits toxiques et inflammables que nous avons inventés, les gaz et les centrales nucléaires, les missiles et les bombes atomiques ? Malgré les guerres, les haines et les règlements de compte, les avions qu’on projette sur les immeubles où travaillent des milliers de gens, les missiles et les têtes chercheuses, les mines qui estropient et mutilent ? J’ai envie de croire que le monde n’existerait plus si Dieu n’avait pas fait à Noé la promesse qu’il veillerait sur la terre qu’il a créée. Mais n’oublions pas cette petite phrase : « Tant que la terre subsistera… ». C’est qu’elle ne subsistera pas éternellement, cette terre que Dieu a créée pour accueillir et nourrir les hommes. L’homme l’a trop souillée et enlaidie. Alors le jour vient où Dieu créera de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera, où il n’y aura plus de péché et donc plus de maladie, plus de souffrance ni de mort. Et donc plus de larmes, car le Seigneur lui-même les essuiera sur les joues de ses rachetés. En sortant de l’arche, Noé marchait sur une terre ferme. Il avait de solides promesses. Nous les avons nous aussi, ces promesses de l’Evangile qui nous assurent que si nous restons fidèles à celui qui nous a aimés jusqu’à mourir pour nous, nous aurons part à sa victoire, que rien ne pourra nous séparer de l’amour qu’il nous a manifesté en Christ, ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni la hauteur ni la profondeur, ni aucune autre créature. Nous avons besoin de marcher sur une terre ferme. Besoin de savoir où nous mettons les pieds, qui est celui qui nous prend par la main et nous conduit. Besoin de savoir ce qu’il fait quand nous trébuchons et tombons et que les forces vont nous manquer pour nous relever. Besoin de savoir où mène le chemin sur lequel nous nous trouvons. Eh bien, frères et soeurs, nous savons tout cela. Nous vivons du pacte que Dieu a conclu avec nous dans notre baptême, du serment qu’il a prononcé ce jour-là : « Ne crains rien, car je t’ai racheté. Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ». Pourvu que nous nous attachions à lui par la foi et lui restions fidèles, en le servant dans la joie et la sainteté. Alors brille au-dessus de nous un arc-en-ciel plus beau encore que celui que Noé aperçut lorsqu’il joignit les mains pour glorifier le Seigneur, l’arc-en-ciel d’un Dieu qui a dit : « Le juste vivra par la foi. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie ». Voilà ce que Luther et tous ceux qui l’ont assisté dans son combat nous ont appris. Que le Seigneur en soit béni ! Amen. ***
16°Trinité. 2 Rois 5.9-14 Frères et soeurs, en ce dimanche d’automne 2011, remontons l’horloge du temps. Nous sommes 8 siècles avant Jésus-Christ, en Syrie. Naaman, le général en chef de l’armée, un héros couvert de gloire, est rongé par la lèpre. Et voici qu’il tient enfin la guérison : elle est à sa portée. Mais l’histoire retiendra qu’il faillit ne jamais guérir ! Nous verrons quel fut l’obstacle, quel fut le remède, et les applications que nous pouvons en tirer. I
L’obstacle. L’histoire commence donc en Syrie, au nord-est d’Israël. L’Orient ancien ne manquait ni de savants ni de médecins, pourtant, aucun n’a su guérir le malheureux. Dans sa maison, voici une jeune esclave enlevée au cours d’une razzia. Elle est désormais au service de son épouse. Elle est aussi le moyen que Dieu choisit pour faire entrer le salut dans cette maison. « Si seulement mon seigneur pouvait voir le prophète qui se trouve à Samarie, il le guérirait de sa lèpre » ! On prend l’information au sérieux. Cela devient même très officiel : le roi de Syrie en personne écrit une lettre de recommandation pour le roi des Hébreux. Mais son contenu est incomplet ; elle ne mentionne pas le nom du prophète. Qu’importe après tout : un roi connaît tous ses sujets ! Le général se rend donc avec forte escorte en Israël et se présente au palais. Consternation : Joram, monarque médiocre et infidèle, prend cette demande pour une provocation : « Suis-je Dieu pour faire mourir et pour faire vivre » ? s’écrie-t-il avec colère ! Elisée apprend la situation. Il fait dire à son roi : « Fais-le venir vers moi et il saura qu’il y a un prophète en Israël » ! Soulagement ! Il ne s’agit finalement que d’une méprise. Le Syrien se met donc en route. Mais à son arrivée, au lieu d’être accueilli avec les honneurs dus à son rang, on lui tend un message : Va te laver sept fois dans le Jourdain : ta chair deviendra saine et tu seras pur. Stupéfaction ! Non seulement le prophète ne daigne même pas se déranger – « Voici, je me disais : il sortira bien vers moi, se présentera lui-même » … - mais il lui prescrit aussi un remède ridicule : se laver sept fois dans le Jourdain, le fleuve d’Israël ! Cette fois, on frise l’incident diplomatique… On peut se demander en effet pourquoi Elisée n’est pas sorti lui-même pour saluer ce curiste très spécial. Comment expliquer cet accueil pour le moins glacial ? Naaman devait probablement comprendre que Dieu ne fait pas de favoritisme : devant lui, un général n’est pas plus qu’un 2eme classe. Si Dieu décide de bénir un homme, ce n’est pas en fonction de sa dignité ni de ses mérites. En l’occurrence, il ne va pas guérir le général à cause du nombre d’étoiles à son képi, de son cortège officiel, ni de sa lettre de recommandation, … mais par pure grâce. « Naaman, ce doit être bien clair : ta dignité personnelle et tes mérites, tu les laisses au vestiaire ». Et puis, je pense qu’Elisée veut aussi se mettre lui-même en retrait par rapport à Dieu. Ce n’est pas le prophète qui guérit, mais le Seigneur d’Israël ! Que Naaman s’en tienne à la promesse de Dieu et qu’il accomplisse sa volonté ! Le général syrien n’est pas au bout de ses peines. Ce remède ne lui inspire pas confiance. Pourquoi ? Parce là encore, il attendait tout autre chose. Quelque chose… de plus démonstratif, de plus spectaculaire ! « Je me disais : il invoquera le nom de l’Eternel, son Dieu, il fera passer sa main sur l’endroit malade et me débarrassera de la lèpre ». Ce que le prophète lui demande paraît parfaitement ridicule : se laver dans le Jourdain ! Pourquoi sept fois ? Et pourquoi ici ? Les fleuves de Damas ne valent-ils pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? Dans un sens, je comprends Naaman : il est malade, il vient de loin et que reçoit-il ? L’accueil distant du roi et du guérisseur local ; et maintenant, ce stupide bain dans le Jourdain ! Cela fait beaucoup pour quelqu’un qui était habitué à tous les honneurs dans son pays. « Ca suffit, je rentre chez moi » ! Et il s’en retourna avec fureur ! « Voici, je me disais …, » marmonne-t-il dans sa barbe. C’est bien là qu’est tout le problème : « Je me disais »… Quand on en appelle à Dieu, il ne s’agit pas de « se dire » ceci ou cela, ni de lui prescrire le mode opératoire. En présence de Dieu, il ne faut pas « se dire », mais écouter « ce que lui a à dire » ! Quelque soit l’obstacle pour la raison, ma difficulté à comprendre, voire le fossé entre sa réponse et mes propres plans. Remarquez bien : Dieu ne demande pas une chose extravagante ! Après tout, sept bains dans le fleuve le plus proche, ce n’est pas la mer à boire ! Et pourtant, que c’est difficile à croire ! Ce militaire illustre bien la nature humaine en général. Chaque fois que Dieu s’approche pour la sauver et indique un moyen simple, facile et gratuit, l’homme a tendance à faire la moue, surpris que ce ne soit pas plus compliqué ! « Guéri sur parole, comme ça, simplement ? Allons donc » ! Mais la Bible cherche à nous dire qu’il existe une lèpre pire encore que celle-ci. Car elle ne ronge pas seulement le corps, mais l’âme : elle place l’homme sous la colère de Dieu et, en l’absence de guérison, le conduit à la mort éternelle. L’homme n’a aucun moyen de s’en débarrasser lui-même : le péché ne s’opère pas et le pardon ne se mérite pas. Mais pourquoi voudriez-vous que Dieu fasse les choses compliquées quand il peut les faire simplement, lui qui est tout-puissant ? Obstacle supplémentaire pour Naaman : le remède et la guérison sont gratuits. Or, tout ce qui est gratuit est suspect. D’habitude, personne ne vous soigne gratuitement. Les médecins vous prennent au minimum 23 €. Puis vient toute la gamme des dépassements d’honoraires, des tarifs hallucinants selon les spécialités… Mais là, rien : Elisée ne lui demande même pas sa carte Vitale ! Apparemment, l’acte sera gratuit. Pourtant, Naaman n’était pas précisément un patient dans la misère… Ses malles contiennent même une véritable fortune : 300 kilos d’argent, 70 kg d’or ! Rien que pour le métal jaune, cela représente la somme de 3.710.000 euros ! C’est le prix estimé par cet homme pour échapper à une maladie mortelle. Pourtant, le prophète néglige tout cela. Juste une prescription insensée, une ordonnance donnée par un tiers sans même une contrepartie. « Fais cela, et tu seras pur ». Je pense que ce général s’est senti profondément offensé. Mais notez bien ceci : pour avoir voulu suivre ses idées et sa propre logique, il a bien failli passer à côté de la guérison ! Tout au long de l’histoire de l’Eglise, beaucoup ont essayé de faire des efforts de sainteté, en s’imposant même toutes sortes d’abstinences ou de souffrances, se flagellant par exemple jusqu’au sang ; mais cela ne peut pas marcher. La culpabilité demeure et tourmente l’âme. Et surtout : Dieu est un Dieu d’amour et de grâce. Cela se manifeste aussi dans la manière dont il aide : l’homme doit avoir confiance et laisser Dieu agir. Voici pour les obstacles. Voyons à présent le remède et les applications que nous pouvons en tirer… II
Le salut revient vers Naaman par le biais de ses serviteurs. Heureusement, ils s’approchent pour lui parler : « Maître, si le prophète t’avait demandé quelque chose de difficile, ne l’aurais-tu pas fait ? A plus forte raison dois-tu faire ce qu’il t’a dit : Lave-toi et sois pur » ! L’escorte est plus réfléchie que le général ! Et psychologue en plus ! Elle met le doigt sur ce qui fait problème : le moyen indiqué pour guérir est trop simple ! Comme quoi, on peut avoir besoin de plus petit que soit... Ils sont vraiment très pédagogues : « Maître, si le prophète t’avait demandé quelque chose de compliqué, de cher ou même de douloureux, tu aurais accepté sans broncher. Tu aurais peut-être dit : ‘’C’est un peu cher’’, ou ‘’c’est plutôt compliqué’’, mais en toi-même, tu aurais été satisfait, car la valeur d’un acte est une garantie de sa qualité ». Finalement, Naaman descend dans l’eau. Sept fois, il se plonge dans le Jourdain, selon la parole du prophète. Résultat ? Sa peau redevient aussi rose que celle d’une jeune fille ! Le miracle s’est produit : la guérison est immédiate, complète et définitive. La promesse de Dieu s’est accomplie. Saviez-vous que Dieu a l’habitude de telles pratiques et qu’il choisit avec une sorte de prédilection des moyens simples, faciles et gratuits pour aider ? Quelle est la pédagogie divine ? En agissant ainsi, il oblige la raison humaine à se taire, à s’humilier et à faire entièrement confiance à Dieu. Dans sa grâce, le Seigneur a offert le salut. Pour cela, il a consenti lui-même à un grand sacrifice : il a envoyé son Fils dans le monde ; il est devenu homme, il s’est chargé de nos péchés, il est mort sur la croix et les a ainsi expiés. Ce pardon, Jésus nous le communique au moyen de l’Evangile. L’Evangile est l’annonce de la Bonne nouvelle du salut par la foi en Jésus. Dans le Livre des Actes, l’apôtre Paul dit : Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé (16.31). Il suffit donc de croire en Jésus pour obtenir le pardon. Qu’est-ce que la foi ? C’est une sorte de mouvement intérieur par lequel je me tourne vers Jésus pour m’attacher à lui. Et cela suffit pour être sauvé ! Mais voyez ! La raison humaine est rétive et conteste : « Ce n’est pas possible ! Ce serait vraiment trop facile » ! De plus, c’est vexant : dire que « le juste vivra par la foi » équivaut à nier toute justice naturelle ! L’homme ne serait pas foncièrement bon ; pire : il aurait besoin d’un sauveur ! Ceci explique les réflexes de rejet qu’on n’observe souvent ! Et même des années après notre conversion, il arrive que le doute subsiste. Selon les épreuves, la façon dont la vie nous malmène, qui ne s’est jamais posé cette question : Dieu me connaît-il réellement par mon nom ? Suis-je digne de m’approcher de sa table sainte, de m’adresser à lui dans mes prières ? Dans le récit de cette guérison, vous aurez remarqué que le Seigneur se sert de quelque chose dont nous n’avons pas encore parlé : de l’eau. Naaman a été purifié alors qu’il se soumettait à l’ordre divin : « Descends dans les eaux du Jourdain ». Le Syrien saura se souvenir de ce remède insolite, il pourra sans peine en préciser le jour et l’heure, ainsi que son effet sur sa santé ! Frères et soeurs, n’avons-nous pas tous bénéficié d’un miracle analogue ? Le Christ annonce : Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé (Marc 16.16). Dans le livre des Actes (11.16), Ananias dit à Saul, le futur apôtre Paul : Lève-toi, sois baptisé et lavé de tes péchés ! A la Pentecôte, Pierre exhorte la foule de Jérusalem en ces termes (Actes 2.38) : Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés ! Qu’est-ce que le baptême ? De l’eau, mais accompagnée de ces paroles : Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. A cette eau sont donc liées l’oeuvre et la personne du Dieu trinitaire : la promesse du salut, le pardon et la nouvelle naissance ! Quand on dit aux gens qu’ils peuvent être lavés de leurs péchés par le baptême, leur première réaction est souvent la même que Naaman. « Quoi ? De l’eau pour me rendre pur ? C’est ridicule » ! Le diable, par principe, cherche à diviser ce que Dieu a uni et beaucoup d’églises séparent la parole de grâce et le baptême. L’Evangile fait le contraire. Au matin de l’Ascension, Jésus les présente comme les deux moyens de faire de toutes les nations des disciples. Peut-être vous arrive-t-il à vous – qui avez été baptisés –, de vous poser rétrospectivement ce genre de question : Comment est-il possible que cette eau ait pu me laver de mes péchés, alors que je n’étais qu’un petit enfant ? Après tout, nous venons de voir qu’un général pensa devoir un jour apporter son pesant d’or pour être purifié… Bien des siècles après, un certain Nicodème, théologien déjà âgé, se demandait comment entrer une seconde fois dans le ventre de sa mère, alors que Jésus lui parlait de la nouvelle naissance… Permettez-moi donc de vous rappeler l’explication de Luther dans le Petit Catéchisme : « Ce n’est pas l’eau certes, qui opère ces grandes choses ; mais c’est la parole de Dieu unie à l’eau, et la foi qui se fonde sur cette parole de Dieu dans l’eau. Car sans la parole, cette eau est une eau comme les autres, mais avec la parole, c’est le baptême, c’est-à-dire une eau de grâce et de vie, le bain de la régénération dans le Saint-Esprit ». Frères et soeurs, dans son immense amour, Dieu a fait en sorte que tout le monde puisse être facilement sauvé : il a sacrifié son Fils unique et nous communique son pardon par l’Evangile, par le baptême et par la Sainte cène. Que cette simplicité ne soit un obstacle pour aucun d’entre nous ! Ne rejetons pas les remèdes du Sauveur, mais acceptons-les au contraire avec beaucoup de joie et une grande reconnaissance ! Amen ! ***
Sermon à propos de la fête de l'Assomption de Marie (Pasteur Frédéric BOHY) Luc 1.26-38 Chers amis ! Dans le passage de l’Evangile de Luc qu’on appelle le ‘Magnificat’, Marie loue Dieu et dit : Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse. ‘Heureuse’, Marie a de quoi l’être puisqu’elle est enceinte ! Mais sa joie ne vient pas seulement de sa future maternité, mais surtout de ce que Dieu lui a fait la grâce insigne de la choisir comme la mère du Sauveur ; si bien que les croyants du monde entier l’honoreront et partageront sa joie ; d’autant plus que la grâce faite à Marie rejaillit sur eux tous. Ne trouvez-vous pas Dieu lui a vraiment accordé un privilège exceptionnel ? Dès lors, pourquoi a-t-il fallu qu’au cours des siècles, l’Eglise en rajoute en inventant des éléments étrangers aux Evangiles, tels que l’« Immaculée conception », ou l’« Assomption » (érigée en dogme au siècle dernier) ; ou qu’elle promeuve Marie au rang de « Reine du Ciel » à laquelle il faut adresser des prières pour qu’elle intercède auprès de son fils… Restons-en donc à la simplicité de l’Evangile et voyons pourquoi les croyants du monde entier disent Marie bienheureuse : Dieu l’a choisie pour devenir la mère du Sauveur Il a accompli un grand miracle en elle Marie a accepté ce choix avec beaucoup de foi et d’humilité 1
Transportons-nous à Nazareth au moment où l’ange Gabriel lui annonce l’extraordinaire nouvelle : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite. « Je te salue » ; « Ave » dans la traduction latine de la Vulgate qui date de la fin du 4e siècle. Moi, j’ai tout simplement envie de traduire par : « Bonjour Marie, toi à qui une grâce a été faite ! » La grâce en question, c’est donc que Dieu l’a choisie pour devenir la mère du Sauveur. Quel honneur extraordinaire ! Parmi toutes les femmes du monde, c’est elle qui a été choisie. Pourtant, en Israël, il y avait bien d’autres jeunes filles croyantes et pures qui auraient pu entrer en ligne de compte. Sans doute qu’au fil des siècles, plus d’une jeune fille israélite s’était demandée si Dieu la choisirait peut-être elle ? Surtout depuis que Dieu avait rappelé la promesse par la bouche du prophète Esaïe (au 8e siècle) : La vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils et on l’appellera Emmanuel (7.14). Non, l’heureuse élue sera Marie, une jeune fille inconnue demeurant dans une localité presque tout aussi inconnue en Galilée. Alors, pourquoi elle ? La réponse réside dans le libre choix de Dieu : Dieu l’a choisie par un effet de sa grâce. Ce choix ne résulte donc pas de ce que Marie aurait été plus méritante qu’une autre. Bien sûr, il fallait qu’elle soit croyante, vierge et pure ! Mais pour le reste, Dieu ne l’a pas choisi en fonction de qualités spéciales, de vertus particulières, ou éventuellement en raison d’une position sociale élevée. Et surtout, Dieu ne l’a pas choisi parce qu’elle aurait été « pleine de grâce ». Ici, la traduction latine de la Vulgate (« gratiae plena = pleine de grâce) est très ambiguë. Luther – dans le langage imagé dont il était coutumier, mais qui avait le mérite d’être clair – a tenu à préciser que Marie n’était pas « pleine de grâce » « comme un fût est plein de bière ou un porte-monnaie plein d’argent ». Non, l’ange dit : toi à qui une grâce a été faite ; c’est tout à fait autre chose que ‘Marie, pleine de grâce’. En 1854, ‘l’immaculée conception’ a été érigée en dogme : on a affirmé que Marie était née sans péché, donc qu’elle aurait été exempte du péché originel. C’est une pure invention ! Et ce n’est certainement pas là la raison du choix de Dieu. Je le répète : le motif réside en Dieu seul, qui a agi selon son bon vouloir et sa sagesse. Constatez simplement qu’une fois de plus, le choix de Dieu s’est porté sur ce qui est petit, humble, inconnu, et souvent méprisé. - Tu mettras au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus : C’est l’annonce très claire que Marie sera la mère du Sauveur, puisque ‘Jésus’ signifie Sauveur. - Il sera appelé Fils du Très-Haut : Marie sera en quelque sorte le « lieu » de l’incarnation du Fils de Dieu, si bien que Jésus sera à la fois vrai Dieu et vrai homme. - Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David (…) Son règne n’aura pas de fin : Jésus sera un roi puissant et glorieux ; il règnera sur un Royaume qui s’étendra au monde entier et qui sera éternel… - Le saint enfant qui naîtra de toi : L’enfant auquel elle donnera naissance sera totalement exempt de péché. Quel florilège d’annonces plus extraordinaires les unes que les autres ! Quelle grâce Dieu ne fait-il pas à Marie ! Quoi d’étonnant à ce que 6 mois plus tard, lors de sa rencontre avec Elisabeth, sa parente, elle laisse éclater sa joie : Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ! ‘Bienheureuse’ ou tout simplement ‘heureuse’. ‘Bienheureuse’ exprime un bonheur qui n’est pas profane, mais qui a son origine dans un bienfait spirituel ou qui a trait au bonheur éternel. Chers amis ! Dieu a aussi accordé de grandes grâces à d’autres croyants dans l’Histoire sainte, et leur a fait de grands honneurs - même si c’était dans des domaines très différents. Par exemple, il a choisi Moïse pour libérer Israël de l’esclavage égyptien, ou les apôtres, dans le Nouveau Testament, qu’il a chargés de proclamer l’Evangile au monde. Je pense en particulier à Paul appelé à devenir le grand apôtre des païens. Souvenez-vous comment cet homme avait auparavant violemment persécuté l’Eglise du Christ ! Mais Dieu lui a fait grâce ; doublement : en lui pardonnant ses péchés, puis en l’établissant comme apôtre ! Tout est grâce dans le Royaume de Dieu. Et nous aussi avons été l’objet d’une grande grâce. C’est ainsi qu’on pourrait dire qu’un jour, un ange s’est approché de nous pour nous annoncer : « Bonjour, Pierre ! Bonjour Carine ! Je te salue Jean ; je te salue Ginette…, toi à qui une grâce a été faite. Le Seigneur veut faire de toi un enfant de Dieu ».Par un effet de sa grâce, nous sommes tous ‘enceints’ ou enceintes de Jésus, en ce sens que nous le portons dans notre coeur. A vrai dire, Jésus n’en est d’ailleurs plus au stade d’un embryon ou d’un petit bébé, mais il a déjà beaucoup grandi en nous ; du moins je l’espère. Il remplit notre coeur ; il remplit notre vie. Qu’avons-nous fait pour mériter une telle grâce ? Rien ! Pécheur de nature, offensant souvent Dieu, nous étions indignes de ses bontés. Mais il nous a pardonné et continue de le faire quotidiennement, si bien que nous possédons maintenant la merveilleuse assurance de la vie éternelle ! Nous aussi avons donc d’excellentes raisons de nous considérer comme ‘bienheureux’. Mais revenons à Marie pour évoquer plus précisément 2.
L’ange lui annonce qu’elle sera enceinte. D’accord ! Mais comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relation avec un homme ? Marie est fiancée, mais non pas mariée. Ce qui veut dire qu’elle n’a pas de relations intimes avec Joseph. Elle voudrait comprendre : l’ange est-il en train de lui dire qu’elle doit se dépêcher de se marier ? Bien sûr que non ! L’enfant ne peut pas être conçu par Joseph, sinon, il serait pécheur comme les autres ; et il ne serait évidemment pas le Fils de Dieu. Le Saint Esprit viendra sur toi et le Tout-Puissant te couvrira de son ombre : malgré la forme un peu énigmatique de ces paroles, elles sont faciles à comprendre : l’ange indique tout simplement que le Dieu tout-puissant effectuera un miracle et que l’enfant sera conçu du Saint Esprit. Le Saint Esprit est la 3e personne de la Trinité. Son activité est multiple. C’est lui qui a inspiré les Saintes Ecritures ; c’est lui qui agit à travers elles pour conduire les hommes à la repentance et la foi. Mais il opère aussi d’autres miracles, comme celui de la conception de Jésus dans le sein de Marie. Miracle ô combien étonnant, mais en soi ni plus ni moins grand que d’autres ! Que ce soient les miracles effectués par Moïse en Egypte ou les innombrables miracles de Jésus, ils échappent tous à une explication rationnelle et veulent être crus, en vertu du principe rappelé par l’ange que rien n’est impossible à Dieu. Dieu a d’ailleurs fait d’autres miracles qui s’apparentent à celui de Marie. Dans l’Ancien Testament, il a permis à Sarah, qui était stérile, de concevoir un enfant dans sa vieillesse. Le même miracle vient de se reproduire quelques mois auparavant pour Elisabeth. Il est vrai que le miracle de la naissance virginale se situe à un tout autre niveau, et que l’on pourrait même parler d’un miracle ‘multiple’. Car bien sûr, il y a le miracle de la naissance virginale. Mais l’ange parle aussi du saint enfant qui naîtra de toi… : contrairement à tous les autres enfants, celui-là n’héritera pas du péché d’Adam et d’Eve. Il sera saint. C’est le miracle du Saint Esprit ! - Il sera appelé Fils de Dieu : Jésus sera à la fois vrai Dieu et vrai homme : là encore, quel étonnant miracle ! Un miracle opéré par le Saint Esprit et que l’apôtre Paul résume dans cette phrase étonnante : En lui (Jésus) habite corporellement toute la plénitude de la divinité (Col 2.9). Dieu tout entier habite en Jésus ; pas seulement en Jésus adulte, mais aussi en Jésus enfant, aussi en Jésus bébé ! La raison humaine ne peut évidemment pas comprendre un tel mystère : ‘l’infini’ contenu dans ce qui est ‘fini’ ! Voilà la grâce qui est faite à Marie. D’où son exaltation et sa joie qui l’amènent à s’exclamer : Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse. Chers amis ! Revenons à nous-mêmes et à notre bonheur de porter Jésus dans notre coeur et d’être des enfants de Dieu. Comment cela s’est-il fait ? Nous ne sommes pas devenus enfants de Dieu par nos efforts, par notre volonté ou par notre décision, puisque de nature, nous étions morts, aveugles, ennemis de Dieu. C’est le Saint Esprit qui a accompli ce grand miracle ! Où, quand, comment ? Vous savez que le Saint Esprit agit par la Parole et les sacrements, par ces moyens que – justement ! – on appelle ‘les moyens de grâce’. Evoquons d’abord le baptême. Dans son entretien avec Nicodème, Jésus en parle comme « d’eau et d’Esprit ». Ce qui signifie qu’il n’y a pas que de l’eau dans le baptême, mais aussi le Saint Esprit. Or le Saint Esprit n’assiste pas au baptême en spectateur, mais il agit par sa force divine pour faire naître une personne à Dieu et à son Royaume : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (Jean 3). Ce miracle du baptême, le Saint Esprit le prolonge et l’amplifie ensuite par le moyen de la Parole qui nous est annoncée. C’est donc le Saint Esprit qui a fait naître et grandir la foi dans notre coeur, comme Paul le souligne avec force dans ce verset : Personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur, si ce n’est par le Saint Esprit (1Cor 12.3). Voilà comment – pour reprendre la terminologie de l’ange – le Saint Esprit est ‘venu sur toi’ et comment ‘le Tout-Puissant t’a couvert de son ombre’. Une ombre qui est devenu une éclatante lumière, comme le dit Paul : Dieu qui a dit : que la lumière brille du sein des ténèbres a aussi fait briller sa lumière dans notre coeur pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu dans la personne du Christ (Cor2/ 4.6). Voilà donc d’autres excellents motifs de nous considérer nous aussi comme « bienheureux » ? Voyons enfin que Marie a accepté le choix de Dieu avec beaucoup de foi et d’humilité. 3.
Toutes les générations me diront bienheureuse : Elles diront cela aussi en considération de la réponse de Marie, toute empreinte de foi, de confiance, d’humilité et de soumission : Que ta parole s’accomplisse en moi ! Voilà comment Marie exprime sa foi en l’annonce de Dieu. Il est vrai que l’ange l’aide à croire : Elisabeth, ta parente, est aussi devenue enceinte d’un fils dans sa vieillesse… Nous avons déjà évoqué l’exemple d’Elisabeth qui était stérile et qui est maintenant enceinte d’un garçon de 6 mois. Mais comme le miracle annoncé à Marie est encore beaucoup plus grand – donc plus difficile à croire –, l’ange ajoute que rien n’est impossible à Dieu. Marie croit ; et en cela, elle en remontre à Zacharie, l’époux d’Elisabeth, qui avait douté et que Dieu avait frappé de mutisme. Notez aussi l’humilité de Marie : Je suis la servante du Seigneur ; une humilité qui s’exprimera à nouveau dans le Magnificat et qui ne se démentira à aucun moment : Mon âme célèbre la grandeur de Dieu…parce qu’il a porté son regard sur son humble servante (46; 48). Marie aurait pu devenir orgueilleuse ; pensez donc : elle va donner naissance au Sauveur du monde, devenir la mère du Roi d’Israël. Certes, elle ne participera pas au salut, mais n’en sera pas moins un rouage important dans le plan de Dieu. Il faut souvent bien peu de chose pour que naisse l’orgueil ! Marie aurait pu faussement attribuer le choix de Dieu à ses mérites ; et par la suite, se considérer comme la reine-mère, et pourquoi pas, comme la future reine du ciel, et pendant qu’on y est, carrément comme la Mère de Dieu ! Elle aurait pu s’imaginer avec une couronne sur la tête, s’attendre à ce qu’on la vénère en lui adressant des prières. Rien de tel chez Marie ; vous pouvez lire l’Evangile d’un bout à l’autre : elle reste l’humble servante du Seigneur. Rappelons que l’humilité et la foi vont toujours de paire. Sans humilité, pas de foi. Marie est tout simplement heureuse des grandes choses que Dieu fait pour elle. Elle sait que les croyants du monde entier partageront sa joie et l’honoreront à cause du choix de Dieu. Que ta parole s’accomplisse en moi ! Ces paroles expriment aussi la soumission à la volonté divine. Marie aurait pu prendre peur et refuser cette grâce : « Vais-je pouvoir assumer une si grande responsabilité ? Comment cela va-t-il se passer avec cet enfant divin ? Que va devenir ma vie de couple ? Que diront les gens ?». Un virage radical va s’amorcer dans sa vie. Mais elle s’en remet à Dieu et sait qu’elle pourra compter sur son aide. Se doute-t-elle à ce moment-là que sur son chemin, il n’y aura pas que des roses, mais beaucoup d’épines ? Un certain Siméon sera chargé de l’en informer le jour de la présentation de l’enfant au temple (2.34) : Cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de beaucoup en Israël… A toi-même, une épée de transpercera l’âme. C’est l’annonce de la vive douleur qu’elle ressentira, en particulier quand elle verra son fils agonissant sur la croix, méprisé et rejeté. Qu’importe ! Je suis la servante du Seigneur. Que ta parole s’accomplisse en moi ! Bienheureuse Marie qui parle avec autant de foi, de confiance et d’humilité ! Heureux tous ceux qui ont reçu avec foi, joie et reconnaissance la belle annonce de la grâce et du pardon divins ! Appliquons-nous nous aussi à rester humbles, conscients de ce que notre statut d’enfants de Dieu résulte uniquement de son appel et des mérites du Christ. Demeurons dignes de notre vocation, en ayant à coeur d’honorer Dieu par nos paroles et notre vie sainte. Sachons nous aussi témoigner de sa grâce et de son amour, même si cela implique souvent le fait de devoir porter une croix à la suite du Christ. Que ta parole s’accomplisse en moi ! Laissons cette Parole agir dans notre coeur, nous guider, nous transformer, nous remplir de paix, de joie et d’espérance dans la certitude de la vie éternelle ! Chers amis, chers frères et soeurs ! Il est juste et légitime d’honorer la mémoire des grands personnages que Dieu a appelés à son service. Se souvenir d’eux, c’est d’abord se souvenir des grandes oeuvres que le Seigneur a accomplies par leur intermédiaire en vue de notre salut ! Il est donc juste d’honorer également la mémoire de Marie à qui Dieu a fait la grâce insigne dont nous venons de parler. Celle que Dieu a tant honoré, nous l’honorons nous aussi et la disons ‘bienheureuse’. Cependant, notre adoration va à Dieu seul. C’est pourquoi gloire au Père pour toutes les grâces qu’il nous a accordées ! Gloire au Fils pour son sacrifice qui a fait de nous les ‘heureux’ héritiers de la vie éternelle ! Gloire au Saint Esprit pour la lumière qu’il a fait briller dans nos coeurs pour que, comme Marie, nous soyons ‘bienheureux’, dès maintenant et pour l’éternité. Amen ! ***
1°
Trinité - Nombres 6.22-27« Que l‘Eternel te bénisse et te garde ! Que l’Eternel fasse briller son visage sur toi et t’accorde sa grâce ! Que l’Eternel se tourne vers toi et te donne la paix ! » Frères et soeurs, c’est ce que nous entendons depuis des années. Si j’ai bien compté, en vingt ans de ministère, j’ai entendu ou prononcé ces paroles plus de 1000 fois à l’office du dimanche. Sans elles, un culte paraît impensable ! Elles font tout simplement partie de la liturgie dominicale, elles en sont une composante immuable. De telle sorte qu’on ne réfléchit plus à son contenu. Alors, il est grand temps de nous y arrêter et de nous poser sérieusement la question : pourquoi répète-t-on ces paroles à chaque office ? Que signifient-elles et que se passe-t-il quand le pasteur les prononce ? Et pourquoi lève-t-il les mains en même temps et fait-il en plus le signe de croix ? Est-ce obligatoire ? Pourrait-on s’imaginer un office sans cette bénédiction séculaire ? Oui, c’est possible. Il n’est pas écrit dans la Bible que ces paroles doivent absolument faire partie d’un office chrétien. En revanche, il y a une bonne raison pour que l’Eglise luthérienne ait conservé ces paroles de bénédiction bibliques. Elle veut continuer à faire exactement ce que Dieu a fait à l’époque pour son peuple, par la bouche d’Aaron et de ses fils. Alors, soulevons quelques questions et tâchons d’y répondre. Voici la première : à la fin de l’office, qui prononce pour nous la bénédiction ? Notre texte rend l’affaire captivante, dans la mesure où Dieu demande à Moïse de transmettre ces instructions à Aaron et à ses fils : Voici comment vous bénirez les Israélites… Viennent ensuite les paroles de bénédiction. Et, à la fin, on trouve : « C’est ainsi qu’ils mettront mon nom sur les Israélites et je les bénirai ». Aaron et ses fils doivent bénir, mais en réalité, c’est Dieu qui bénit ! Ce n’est pas une contradiction. Aaron et ses fils doivent bénir le peuple de Dieu. C’est à cela que Dieu les a appelés et ils doivent le faire en son nom. Nous sommes en 2011, Aaron et ses fils sont morts depuis longtemps. Mais Dieu veut continuer à bénir son peuple. Sa bénédiction doit reposer sur nous tous. Pour cela, il continue à utiliser ses serviteurs. De nos jours, ce sont les pasteurs ou les diacres. Paul écrit aux Ephésiens (1.3) : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ. » L’apôtre écrit aux chrétiens à Rome (15.29) : « Je sais qu’en allant auprès de vous, j’irai dans la plénitude de la bénédiction de Christ. » Frères et soeurs, les apôtres et les serviteurs de Dieu, donc aussi les pasteurs, sont appelés à apporter sa bénédiction à tous les hommes. Cela passe par la prédication de l’Evangile. Partout où l’Evangile est prêché et où les sacrements sont administrés, on offre aux hommes le pardon des péchés, la vie et le salut. Il n’existe pas de plus grande bénédiction ! C’est le devoir des pasteurs appelés et ordonnés de partager la bénédiction de Dieu et de la communiquer aux hommes. C’est pour cela qu’ils sont là, c’est leur vocation. Oui, tout à fait, c’est à cela que les pasteurs sont appelés. Et, à cette occasion, qu’il me soit permis de souligner que le ministère pastoral est loin d’être un métier facile, mais qu’il est sans doute le plus important et le plus beau qui puisse exister, car il consiste à faire participer les gens à la bénédiction de Dieu. Cette grâce se produit lors de l’administration des sacrements, comme ce matin. Cela se réalise aussi en prononçant des paroles de bénédiction. On dit de Jésus, le dimanche de Pâques, qu’il leva les mains et bénit ses disciples (Lc 24.50). Et le même jour, il leur dit : « Comme le Père vous a envoyés, moi aussi, je vous envoie (Jn 20.21). Alors Jésus dit à ses disciples : faites comme moi ! Prêchez, baptisez, distribuez la communion pour répandre ma bénédiction ! Et aussi, prononcez la bénédiction sur mon peuple ! C’est justement cela qui est merveilleux : que les hommes puissent agir au nom et sur l’ordre du Sauveur, qu’ils puissent prononcer ces paroles : « Que l‘Eternel te bénisse et te garde ! [Et que Dieu dise] : C’est ainsi qu’ils mettront mon nom sur mon peuple et je les bénirai. Donc, lorsque le pasteur prononce la bénédiction, c’est Dieu qui parle. Et ça veut tout simplement dire que Dieu te bénit au travers de ton pasteur. Je ne veux pas contester le fait que l’on puisse, Dieu merci, recevoir autrement la bénédiction de Dieu, par un contact personnel avec lui ! Mais c’est aussi un enseignement de l’Ecriture que Dieu veut bénir son peuple à travers la bénédiction prononcée par le pasteur. Tu reçois donc la bénédiction de Dieu quand le culte se termine par les paroles : « Que l‘Eternel te bénisse et te garde ! Que l’Eternel fasse briller son visage sur toi et t’accorde sa grâce ! Que l’Eternel se tourne vers toi et te donne la paix. » Alors s’il-te-plaît : ne pars pas avant de l’avoir reçue, même si le culte s’est un peu prolongé et que tu es attendu pour déjeuner… C’était la réponse à notre première question : qui nous bénit durant l’office ? Dieu le fait par son serviteur ! Deuxième question : que se passe-t-il au juste quand on prononce la bénédiction de Dieu ? La réponse est dans notre texte : « C’est ainsi qu’ils mettront mon nom sur les Israélites et je les bénirai ». Par la bénédiction, le nom de Dieu est mis sur toi. Cela s’est passé la première fois quand tu as été baptisé. Tu as été baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Comme Dieu l’a fait ce mois-ci pour Xavier et Edgar, c’est en son nom que tu as été baptisé. On peut le dire aussi de cette façon : son nom a été mis sur toi. Quand mon père m’a engendré, il a mis son nom sur moi. C’est pourquoi je m’appelle Poillet et pas Devillairs, Girods ou tout autre patronyme franc-comtois. Il en a été ainsi avec toi : tu as reçu ton nom de ton père. Et peu après ta naissance naturelle, tu es né de nouveau d’eau et d’Esprit. Le jour de ton baptême, Dieu a mis son nom sur toi et fait de toi un enfant et un héritier du royaume céleste. Dieu t’a offert sa bénédiction lors de ton baptême. Il l’a fait aussi le jour de ta confirmation. La bénédiction de Dieu t’a été communiquée par imposition des mains, comme elle a été donnée à Killian à la Pentecôte. En vérité, quand on a 13 ou 14 ans, on aura encore besoin de la bénédiction toute sa vie pour mener le combat de la foi et de remporter la victoire. Ceux qui parmi nous sont mariés ont aussi été bénis le jour de leur mariage. Et il en sera de même le jour de notre enterrement : le pasteur prononcera la bénédiction de Dieu au-dessus de notre corps enseveli, comme je l’ai fait jeudi matin pour Christine, en vue de la résurrection victorieuse le jour du Jugement. « Vous mettrez ainsi mon nom sur les enfants d’Israël et je les bénirai ». Le prophète Esaïe dit : « On t’appellera d’un nom nouveau, défini par l’Eternel lui-même. » (Es 62.2). As-tu déjà réfléchi à ce que cela signifie au juste ? Que le nom de Dieu soit mis sur toi ? Alors, cela veut dire que tu lui appartiens. Tu lui appartiens pour le temps et l’éternité. Dieu ne dit-il pas : « N’aie pas peur, car je t’ai racheté. Je t’ai appelé par ton nom : tu m’appartiens ! » (Es 43.1). Et encore : « Aucun de nous ne vit pour lui-même et aucun ne meurt pour lui-même : si nous vivons, c’est pour le Seigneur. Et si nous mourons, c’est pour le Seigneur. Ainsi, soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous appartenons au Seigneur (Rm 14.7-8). Et Jésus ajoute : « Personne ne les arrachera de la main de mon Père ». Concrètement, cela signifie que Dieu t’aime comme la prunelle de ses yeux. Moïse lui-même a dit devant le peuple d’Israël : « La part de l’Eternel, c’est son peuple… Il l’a entouré, il a pris soin de lui, il l’a gardé comme la prunelle de son oeil ». (Dt 32.9-10). Voilà pourquoi nous prions comme David : « Garde-moi comme la prunelle de l’oeil, protège-moi à l’ombre de tes ailes ! » (Ps 17.8). Etre béni par Dieu, cela signifie que le nom de Dieu est sur toi. Tu appartiens à ton Dieu. Et c’est comme si Dieu te disait : tout le mal qu’on te fait, on me le fait à moi aussi. Quand tu souffres, je souffre ! Quand tu es triste, je suis triste ! Quant tu as des malheurs ou que tu as peur, je souffre avec toi ! Quand tu te réjouis, je me réjouis aussi ! Tu subis des attaques ? Je suis là, je partage et j’apaise ta détresse ! La réciproque aussi est vraie : Ce qui est à moi est à toi ! Ma grâce est la tienne ! Mon pardon est à toi. Mon salut est le tien, car je suis ton libérateur. Frères et soeurs, comprenez-vous pourquoi Jacob a combattu avec Dieu et a dit : Je ne te lâcherai pas tant que tu ne m’auras pas béni ? Comprenez-vous pourquoi Isaac et Jacob ont fait venir leurs fils à leur chevet pour leur communiquer la bénédiction de Dieu, pour mettre sur eux son nom ? Comprenez-vous pourquoi Jésus, le soir de Pâques a élevé ses mains et a béni ses disciples ? L’élévation des mains n’est pas catholique romaine, mais biblique et donc aussi luthérienne. Il en va de même pour le signe de croix. Ce sont des gestes qui expliquent que le pasteur agit au nom d’un autre, au nom de celui qui est mort pour nous, et sans lequel nous devrions traverser ce monde sans bénédiction. Et vous savez bien dans quelle direction nous irions ! Nous en arrivons à notre dernière question. Pourquoi une formule composée de trois parties : « Que l‘Eternel te bénisse et te garde ! Que l’Eternel fasse briller son visage sur toi et t’accorde sa grâce ! Que l’Eternel se tourne vers toi et te donne la paix » ? Vous connaissez la réponse : nous croyons à la sainte Trinité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit que nous avons fêté dimanche dernier. Nous confessons qu’il n’y a qu’un seul Dieu en 3 personnes différentes. D’où le triple « Saint, saint, saint est le Seigneur, notre Dieu – paroles bibliques de notre liturgie eucharistique. C’est une allusion à la Trinité facile à reconnaître. D’où aussi le commandement : « Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! » Dans la bénédiction à la fin du culte, nous sommes premièrement confiés à la garde de Dieu : « Que l‘Eternel te bénisse et te garde ! ». Ne l’oublie pas, cher ami chrétien. A chaque office auquel tu participes, Dieu s’engage. Tu es confié à sa garde dont tu as besoin dès que tu quittes le temple. Emporte-la sur ton chemin et vis de cette promesse : ton Dieu ne te laisse pas seul. L’Eternel désire garder ton départ et ton arrivée, du début jusqu’à l’éternité. C’est la première chose. Deuxièmement, la lumière et la gloire de Dieu te sont communiquées : « Que l’Eternel fasse briller son visage sur toi et t’accorde sa grâce ! ». Le visage de Dieu veut se lever sur toi. Tu es sous sa face. Tu n’es pas seul, ton Dieu te dirige avec sa lumière comme le soleil ou les étoiles guidaient les voyageurs. C’est indispensable, car il fait souvent sombre dans cette vie. Nous devons souvent traverser les vallées de la souffrance, de la maladie, du deuil, des peines de coeur, de la solitude. Crois-le, cher ami chrétien : à chaque fois que la bénédiction de Dieu t’est communiquée, le Seigneur met son nom sur toi et te déclare : tu n’es pas seul. Sa parole est une lumière sur ton sentier. Son bâton, sa houlette te rassure, tu es au bénéfice de sa grâce. Et enfin, il est dit : « Que l’Eternel se tourne vers toi et te donne la paix ! » Qui n’a pas besoin de cette paix qui surpasse toute intelligence, que le monde ne connait pas mais qu’il peut nous prendre ? Pourtant, elle nous est promise par la parole, scellée dans le baptême et la cène, par Celui qui ne revient pas sur ses promesses ! Emporte-le sur ta route, nourris-toi de cette bénédiction, vis par elle. Emporte-la dans ta vie et dans ta mort. Tu auras l’occasion de t’étonner de tout ce que Dieu peut faire, et de ce qu’il fait pour ses enfants dont le nom est écrit dans le Livre de vie. Juste une chose encore : quand Abraham a reçu l’ordre de quitter sa terre et d’aller dans un pays étranger, inconnu, il a entendu ceci : « Je vais te bénir et tu seras ma bénédiction. » (Gn 12.2). Toi aussi cher ami chrétien, tu es béni par Dieu, et c’est pourquoi tu peux être une bénédiction pour les autres. C’est aussi valable pour moi. Alors vivons joyeux et plein de gratitude de la bénédiction de Dieu et soyons pour les autres une bénédiction. Amen ! |