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Sermon pour le dimanche 29 août 2010 Frères et soeurs, chaque année, de plus en plus de soignants, infirmiers et médecins, sont inquiétés par la justice pour avoir aidé des patients à mourir ; quand ce ne sont pas des membres de la famille désespérés. Il n’est donc pas étonnant que fin novembre, l’année dernière, une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie dans certaines conditions a été débattue à l’assemblée. Elle n’a été rejetée que par 326 voix contre …202. Il semble bien que notre société humaine évolue très rapidement sur cette question difficile et comme citoyens, mais aussi comme chrétiens, nous ne pouvons y échapper. Ce matin, je vous propose donc de nous arrêter à deux questions : Qu’est-ce que la vie ? Que penser de l’euthanasie ? Qu’est-ce que la vie ? N’attendez pas de moi une réponse scientifique à cette question. Je n’en ai pas la compétence. Par contre, je peux vous rappeler ce que l’Ecriture sainte nous dit à ce sujet. Je le ferai à la lumière des trois articles du Credo que nous venons de confesser il y a un instant. 1) La vie et la mort dans l’optique de la création : Notre Père céleste a créé les hommes pour qu’ils vivent et non pour qu’ils meurent. La mort ne faisait pas partie de son plan. Elle est et demeure salaire du péché ; en ce sens, l’homme ne peut pas, quoi qu’on en dise, « mourir dans la dignité ». La mort est la négation même de ce que Dieu a offert à l’homme en le créant. Paul, dans son Epître aux Corinthiens, appelle la mort « le grand et dernier ennemi ». Frères et soeurs, si le péché n’était pas entré dans le monde, nous n’aurions pas à lutter contre cet ennemi… Dieu a donné à l’homme son « souffle de vie », dit la Genèse. C’est pourquoi la mort est plus que l’arrêt du coeur et des fonctions vitales. On parle volontiers de nos jours de « mort cérébrale », d’encéphalogramme plat permettant de constater que le cortex est détruit de façon irréversible. Mais définir la mort de l’une ou l’autre de ces façons, c’est considérer l’homme comme faisant simplement partie du monde animal, en ignorant sa spécificité, ce que Dieu lui a donné de particulier en lui insufflant la vie et en le créant à son image. Mourir, pour l’homme, c’est rendre son esprit - et en cela il est radicalement différent de l’animal. A l’instant de la mort, cet esprit, dit l’ecclésiaste, retourne à Dieu qui l’a donné. Quelle que soit la définition qu’on en donne, la mort est toujours une défaite. Elle s’inscrit en faux contre ce que l’homme souhaite et espère. Elle fait peur, même au croyant. Et pourtant, Paul dit aux Romains que la création tout entière attend la délivrance des enfants de Dieu. Mais pour que la mort soit délivrance, il a fallu l’intervention de Dieu, une victoire sur la mort que Dieu seul a pu remporter et qu’il est seul à pouvoir offrir à l’homme. Dans l’ordre de la création, la mort est un ennemi invincible et redoutable. 2) La vie et la mort dans l’optique de la rédemption Dieu en personne a vaincu la mort et offre au monde la rédemption. Il a choisi de devenir lui-même le Rédempteur des hommes, c’est-à-dire celui qui les rachète du péché. Et pour cela, Jésus-Christ est venu dans le monde. Pour cela, il a expié les péchés de ses frères en mourant pour eux, puis il est ressuscité et remonté au ciel où il s’est assis à la droite de son Père. Jésus Christ a guéri de nombreux malades et ressuscité des morts. C’était une façon de démontrer que la maladie et la mort, comme tout ce qui fait souffrir les hommes, sont contraires au plan originel de Dieu. Mais c’était aussi une façon d’attester qu’il a le pouvoir sur la maladie et la mort. Sa victoire finale prend place dans la résurrection. Le grain de blé doit aller sous la terre pour revivre, car la vie que Dieu nous réserve ne se limite pas à l’existence terrestre. Elle a les promesses d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre. La mort du racheté n’est pas une rupture. « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur, écrit Paul aux Romains. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur ». Chers amis, nous nous couchons tous les soirs. Nous nous endormons et nous nous réveillons, identiques à nous-mêmes. Il en va de même de la mort. Celui qui se couche pour mourir est le même que celui qui se lève pour sa destinée éternelle. « Les hommes se présentent devant le trône de Dieu et leurs oeuvres les suivent », lit-on dans l’Apocalypse. Quant aux croyants, leur mort est si peu mort que la Bible l’assimile à un sommeil. « Celui qui vit et croit en moi - dit Jésus - ne mourra jamais ». 3) La vie et la mort dans l’optique de la sanctification La vie du chrétien est sainte, parce qu’elle est sanctifiée par l’Esprit de Dieu. Le chrétien ne s’appartient plus. Dieu l’a adopté et a fait de lui son enfant et l’héritier du salut éternel. Le baptême, nous dit la première lettre aux Corinthiens, fait d’un homme le temple du Saint-Esprit. Elle dit aussi : Dieu a mis dans le coeur des croyants les arrhes de son Esprit. L’Esprit, en nous, est donc le gage de l’héritage qui nous est réservé dans le ciel. A l’heure de l’agonie, quand l’homme se situe dans cette sorte de terre inconnue qui mène de la vie à la mort, où il est difficile de déterminer s’il est encore conscient de ce qui se passe autour de lui, la Bible affirme que l’Esprit intercède en sa faveur. Et elle ajoute même que ces prières sont « des soupirs inexprimables », ce qui, à mon avis, est une façon de dire que cela dépasse complètement notre compréhension du problème… Provoquer la mort, alors que l’Esprit intercède auprès du trône de la grâce, constitue une intrusion dans une relation sacrée qui subsiste manifestement au-delà des limites de la connaissance et de la perception humaines. Même un infirme cloué sur son lit et incapable du moindre mouvement peut prier, élever vers Dieu des mains saintes et intercéder pour ceux qui ne savent le faire. Considérer une telle personne comme inutile et une telle vie comme dénuée de sens, c’est oublier tout le prix qu’elle a aux yeux de Dieu. De telles prières sont le fruit d’une vie sainte parce qu’intimement liées à Dieu, même quand l’intéressé ne trouve plus ses propres mots pour les faire monter vers le ciel et que le Saint-Esprit est obligé de suppléer à ses déficiences. Les vieillards, les grands malades et les infirmes sont hantés par bien des craintes. Mais ce qu’ils appréhendent plus que tout, c’est la peur de la solitude et de l’abandon, la peur de se retrouver entourés d’appareils et d’instruments médicaux ultra perfectionnés, dans un désert humain où il n’y a personne pour écouter leur plainte, leur faire un sourire, leur dire un mot gentil, leur prendre la main, prononcer une prière. L’Eglise chrétienne a, dans ce domaine, une grande tâche à accomplir. Non seulement elle intercède tous les dimanches pour ceux qui souffrent de solitude, pour les malades et les mourants, mais elle est chargée d’un ministère de visite tellement noble que le Christ le mentionne dans sa description du jugement final : « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites ». C’est une responsabilité que les chrétiens peuvent assumer individuellement, mais elle peut l’être aussi par l’Eglise sous forme d’un programme de visites auprès de tous ceux qui souffrent et à qui une présence, une apparition souriante, un message ou une prière feraient tant de bien. C’est certainement un des plus beaux témoignages de foi qu’on puisse rendre aux chrétiens éprouvés et peut-être davantage encore au monde. Voilà, je crois, ce que nous pouvons dire de la vie et de la mort considérées sous l’angle du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Arrive maintenant la seconde question, celle que nous pose l’actualité : Que penser de l’euthanasie ? Au Luxembourg, depuis mars 2009, l’euthanasie et l’assistance au suicide sont désormais totalement légales. Par le biais de l’association « Exit », le suicide assisté est également autorisé en Suisse, tout comme en Belgique et aux Pays-Bas. En France, depuis cinq ou six ans, les affaires portées devant la justice se soldent généralement par des peines symboliques – de la prison avec sursis – pour que soit rappelé le principe de droit qui interdit à un médecin de donner la mort. Ainsi, les progrès rapides faits par la recherche médicale et la mise au point de technologies nouvelles, les forces qui sont à l’oeuvre dans notre civilisation et qui battent en brèche beaucoup de valeurs traditionnelles en exerçant d’énormes pressions sur l’opinion publique, tout cela fait surgir d’innombrables questions auxquelles le chrétien doit s’efforcer de trouver des réponses conformes à la volonté de Dieu. Le prophète Elie, puis l’apôtre Paul souhaitaient quitter ce monde pour être auprès du Seigneur, mais ils auraient préféré le rencontrer sans avoir à mourir. « Dans cette tente, écrit l’apôtre, nous gémissons parce que nous attendons, avec un ardent désir, de revêtir, par-dessus ce corps, notre domicile qui est de nature céleste » (2Co 5). A la fin de sa vie, il savait que le moment de mourir était venu et que sa mort serait violente, celle d’un martyr. Paul était prêt à mourir, mais à l’heure et de la manière choisies par Dieu. L’idée ne lui serait pas venue de se suicider comme Socrate, ou de saluer dans le suicide, comme le fit Sénèque, une façon noble de mettre fin aux épreuves de la vie. Je crois sincèrement que, pour toutes les raisons que nous venons d’évoquer, tuer, même « par amour » comme l’écrivent les journaux, est contraire à la volonté de Dieu. L’euthanasie active, c’est-à-dire l’euthanasie au sens propre du terme, est le geste qui consiste à mettre fin à la vie d’un grand malade. Parce qu’elle est un geste qui tue, elle est par définition contraire à la loi de Dieu. Cela concerne bien sûr aussi l’aide au suicide revendiquée par l’association « pour le droit de mourir dans la dignité ». Pourtant, humainement parlant, n’est-il pas tentant d’absorber la boisson anesthésiante que l’on vous tend et d’accomplir l’acte fatal, surtout quand votre état est jugé désespéré par le corps médical ? « Exit » : une porte de sortie propre et rapide… Le chrétien peut répondre que seul Dieu sait avec une certitude absolue si une maladie est incurable ou non. Les exemples ne manquent pas où les médecins se sont trompés dans leur pronostic sur l’issue d’une thérapie. Certes, les progrès sont tels que la marge d’incertitude s’amenuise sans cesse, mais en dernière analyse, Dieu est le seul à mettre fin à la vie d’un malade ou, au contraire, à pouvoir le guérir. Mais en affirmant cela, frères et soeurs, nous n’avons pas encore fait le tour du problème. Si la vie appartient à Dieu, puis-je accepter qu’à un moment donné de l’agonie, la médecine ne soit plus curative, mais permette au malade de mourir sans souffrir ? Quand les défenses dont Dieu lui-même a équipé le corps humain ne sont plus capables de préserver la vie, le chrétien peut-il avec une bonne conscience décider de « laisser la nature faire son oeuvre » ? L’acharnement thérapeutique n’a plus de sens quand le malade est au seuil de la mort. Quand le cancer – ou tout autre fléau - a fait son oeuvre au point que l’issue est la mort plus ou moins imminente, l’arrêt du traitement ne peut pas être considéré comme une violation de la loi de Dieu. Il existe des traitements indispensables, des traitements utiles et d’autres qui n’ont plus de raison d’être car ils sont devenus inefficaces et inopérants. Prolonger artificiellement la vie d’un malade revient à l’obliger à vivre au-delà des limites que Dieu a prévues pour lui. Si la mort est inéluctable, il est légitime d’administrer tout analgésique susceptible de soulager le patient, au risque d’abréger sa vie. L’intention en effet n’est pas de mettre fin à son existence, de le faire mourir, mais de rendre son agonie supportable. Dans mon expérience pastorale, j’ai pu mesurer combien ces derniers instants, vécus dans la foi, représentaient un témoignage extraordinaire, non seulement pour la famille, mais encore pour tout le personnel soignant. La souffrance, nous l’avons dit, est l’intrusion dans la vie de quelque chose qu’on n’a pas voulu. Mais elle fournit aussi aux chrétiens l’occasion de rendre un beau témoignage de leur foi et de leur amour. La façon dont une famille croyante et les membres de l’Eglise entourent un mourant et prennent soin de lui est une prédication puissante de l’Evangile. Leur foi et leur amour préservent aussi le malade du découragement ; ils l’aident à lutter contre ce sentiment de solitude qui fait que beaucoup d’handicapés souhaitent qu’on en termine et qu’on les aide à mourir. En résumé, frères et soeur, renoncer à tout acharnement thérapeutique et « laisser faire la nature » est une position qui semble légitime. Par contre, l’euthanasie, telle qu’elle est pratiquée de plus en plus, clandestinement à défaut de l’être légalement, est incompatible avec le respect de la vie. Dieu demande aux chrétiens de rendre dans ce monde un témoignage clair de leur foi. A ce sujet, Jésus nous rappelle : que votre « oui » soit « oui » et votre « non » soit « non ». Tout le reste vient du malin, dit-il. Ce principe concerne tous les aspects de l’existence humaine, y compris de graves questions d’éthique comme l’interruption volontaire de grossesse ou l’euthanasie. Nous vivons à une époque de confusion générale où les grandes valeurs non seulement du christianisme mais tout simplement de la morale civile sont malmenées et où l’on tâtonne désespérément dans une nouvelle définition de la vérité et de l’erreur, du bien et du mal. Les chrétiens ont quelque chose de précis, de clair et de beau à dire. Il faut qu’on entende leur voix et que leur témoignage soit fidèle, fondé sur la Parole éternelle de Dieu, seule norme de vérité et de justice. Amen ! ***
5° dimanche après la Trinité - Luc 9.51-56
51 Lorsque le temps où il devait être enlevé du monde approcha, Jésus prit la résolution de se rendre à Jérusalem. 52 Il envoya devant lui des messagers, qui se mirent en route et entrèrent dans un bourg des Samaritains, pour lui préparer un logement. 53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il se dirigeait sur Jérusalem. 54 Les disciples Jacques et Jean, voyant cela, dirent: Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume? 55 Jésus se tourna vers eux, et les réprimanda, disant: Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. 56 Car le Fils de l’homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver. Et ils allèrent dans un autre bourg.
Frères et soeurs, ce récit méconnu des évangiles est à la fois consternant et consolant. Consternant, parce qu’il dévoile une face cachée des disciples : celle de l’orgueil, de l’aigreur ou de la révolte ; leur auréole de sainteté en prend un sacré coup ! Consolant, parce qu’il nous montre leur part d’humanité et la patience du Seigneur à les éduquer. Jésus dit à ces deux compagnons : « vous ne savez pas quel esprit vous anime ». Voyons donc ici comment se manifeste l’esprit des hommes et, à l’opposé, celui de Dieu. I
L’esprit des hommes apparaît d’abord sur la carte qui est devant vous. La Palestine au temps du Christ porte déjà les stigmates de son histoire. Au nord, la Galilée, la province où Jésus a vécu jusqu’à l’âge de trente ans. Au sud, la Judée, vaste territoire où l’on trouve Jérusalem et le temple. Coincée entre les deux : la Samarie… Luc écrit : les disciples « entrèrent dans un bourg des Samaritains, pour préparer un logement à Jésus. Mais on ne les reçut pas, parce qu’il se dirigeait sur Jérusalem ». Mais qui étaient donc les Samaritains ? Ces gens doivent leur nom à leur capitale, Samarie. L’histoire de cette ville n’est qu’une longue suite de souffrances et de ruines. Dès le schisme de 931 avant notre ère, elle domine les dix tribus du Nord qui sombrent progressivement dans l’idolâtrie et la débauche. Rien ne les détournera de leur aveuglement : les prophètes Elie, Elisée et Osée prêcheront – en vain – la repentance. Sargon, Roi d’Assyrie, s’en empare en 721 et déporte les dix tribus : on ne les reverra jamais plus. C’est là que commence l’histoire des Samaritains. La Bible raconte que Sargon remplaça les Israélites par des Babyloniens. Quatre siècles plus tard, Alexandre le Grand agira de même : il prend la ville, déporte ses habitants et installe à leur place d’autres étrangers. Toujours, dans leurs bagages, les exilés apportent leur culte, leurs traditions et leurs idoles… Le destin de ce peuple mixte et bigarré ne fut pas plus heureux sous les descendants d’Alexandre, puis sous l’autorité de Rome. L’influence étrangère était omniprésente, que ce soit au plan social ou religieux. Voici pourquoi les deux tribus du sud, au retour de l’exil, refusèrent l’assistance des Samaritains pour rebâtir le temple. Au cours des siècles, cette répugnance dégénéra en antipathie aussi intense que réciproque. Jésus avait environ 6 ans quand l’empereur Auguste donna à la région un semblant de stabilité politique en rassemblant les différents territoires en une même province. Mais les rancoeurs demeurèrent tenaces… Revenons à notre récit. Il faut trois jours pour se rendre à pieds de Galilée en Judée. Le petit groupe des apôtres n’est pas vraiment chez lui : aucun relais n’est assuré. Il ne peut compter que sur l’hospitalité des habitants. Et l’hospitalité, en principe, est un devoir sacré. Bien plus : le chef des voyageurs n’est pas n’importe qui. Sa renommée s’est répandue bien au-delà de la Judée et de la Galilée. Son enseignement ne laisse pas indifférent : songez à la Samaritaine au puits de Jacob. Ces miracles sont connus ; certains se sont même réalisés en leur faveur. Deux contextes contradictoires, en somme : d’une part, l’inimitié ancestrale ; de l’autre une occasion de reconstruire une relation sur de nouvelles bases, faites de gratitude et de respect. Mais le refus est net : dans ce village au moins, on ne veut pas de Jésus. Et l’on assiste, un peu médusé, à la réaction épidermique, très spontanée, des deux fils de Zébédée : « Seigneur, veux-tu que nous commandions au feu du ciel de descendre pour les dévorer » ? Entre parenthèse, on comprend mieux maintenant pourquoi Jésus appela l’un des deux frères « fils du tonnerre » (Marc 3.17) ! Bon. Rappelez-vous : nous sommes en Samarie – chez des étrangers. Une terre où Elie, déjà, avait été repoussé. Or, le second livre des Rois raconte une altercation formidable entre le super prophète et la garde du roi venu l’arrêter. Cinquante contre un ! Deux fois de suite ! Et que fit l’homme de Dieu ? Il invoqua le feu du ciel qui les consuma tous. Jacques et Jean ne doutent pas une seconde que Dieu puisse leur donner les supers-pouvoirs qu’il a donnés à ses prophètes d’autrefois ; de ce point de vue, leur foi est grande ! Mais Jésus les réprimande : « vous ne savez pas de quel esprit vous êtes animés »… Si seulement l’Eglise d’Occident avait médité davantage cette réplique ; son histoire aurait moins la couleur du sang… Quoi de plus facile, en effet, que d’appliquer la loi du talion : « oeil pour oeil, dent pour dent ». Surtout si l’on a la conviction d’être le seul offensé, si l’on ne voit que son intérêt. Combien de représentants de l’Eglise ont-ils succombés à la tentation d’imposer leur autorité par la force, aidés par les armes du pouvoir séculier ? Combien d’iniquités ont-elles été commises au nom de l’Evangile, auprès de peuples dont la seule faute était de ne pas le recevoir assez vite ? Vous savez qu’à une certaine époque, les charges s’achetaient dans l’Eglise. C'est-à-dire que l’on ne devenait pas chanoine ou évêque en fonction de sa piété, de ses études, mais de son argent. On appelait cela la simonie, du nom de ce magicien, dans les Actes, qui voulait acheter aux apôtres les pouvoirs de l’Esprit. Ainsi, on faisait carrière dans l’Eglise, non par souci des âmes, mais par orgueil ou cupidité. Vous imaginez avoir affaire à un tel pasteur ? Ce ne devait pas être rassurant ! La confusion entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel conduisit des Etats à en envahir d’autres au nom de Dieu, comme si un homme pouvait se flatter d’être dans le conseil de Dieu… Ceci vaut bien sûr pour tous les dirigeants et les gouvernements, tous les partis radicaux, les états-majors militaires et les groupes armés de la planète : répondre à la violence – qu’elle soit verbale ou physique – par une autre forme de violence ne conduit qu’à accroître la haine ; « Tous ceux qui prennent l’épée, périront par l’épée », dit le Seigneur (Matthieu 26.52). L’attitude de Jacques et Jean relève peut-être du zèle pour Yahvé, zèle qui recourt à tous les moyens, y compris les plus expéditifs. Sans doute aussi ont-ils été blessés dans leur amour propre parce qu’en refusant leur Seigneur, c’est eux-mêmes que les Samaritains refusaient. Eux qui, peu avant, se demandaient qui était le plus grand – vous connaissez ce passage - et sur quel trône du futur royaume ils seraient assis (Marc 10.37)… Aujourd’hui comme hier, les chrétiens devraient toujours se poser cette question : pourquoi est-ce que je marche avec Jésus ? Pour l’Evangile… ou pour moi-même ? Dans quel esprit suis-je au service du Seigneur ? Pour répondre à ces questions frères et soeurs, il faut nous comparer à lui, à son attitude et aux sentiments qui l’habitent. C’est le second point de cette méditation : voyons comment se manifeste l’esprit de Dieu. II
Un mot d’abord à propos des foudres célestes que demande Elie et que refuse Jésus. Dans son commentaire du cinquième commandement, notre catéchisme dit ceci : Dieu nous interdit de détruire, raccourcir ou attrister la vie du prochain par nos paroles ou par nos gestes. Et l’on cite le verset de Romains 12, verset 19 : « Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère – la colère divine -, car il est écrit : A moi la vengeance, à moi la rétribution ! dit le Seigneur ». Personnellement, je ne connais qu’un seul Seigneur : le Dieu trinitaire que nous adorons. Dans ces conditions, gardons-nous d’opposer le Christ au Dieu des patriarches : l’un et l’autre savent punir à l’occasion et, à d’autres moments, manifester leur tendresse. Dieu était juge en faisant descendre le feu du ciel pour défendre son prophète ; Jésus épargne les Samaritains, mais se montre extrêmement dur à l’encontre des disciples. « Jésus les réprimanda », écrit Luc. Dans ce verbe, il y a l’autorité du Seigneur : on ne réprimande qu’un inférieur ou un enfant. Mais on réprimande aussi pour éduquer, pour corriger ; il y a donc une visée pédagogique. Samaritains et disciples se situent sur le terrain de la violence et de la vengeance ; le Père et le Fils doivent leur enseigner un autre chemin : celui de la souffrance et du renoncement, du dialogue et du pardon. Jésus vivait l’amour qu’il enseignait. Rappelez-vous ses paroles : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent […]. Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6.27s). Cet amour trouvera son accomplissement sur la croix de Golgotha. Pourquoi pensez-vous que Jésus était sur le chemin de Jérusalem ? Le passage que nous étudions ce matin commence par ces mots : « Lorsque le temps où il devait être enlevé du monde approcha, Jésus prit la résolution de se rendre à Jérusalem » (v. 51). « Enlevé du monde »… Une formule élégante pour annoncer ce qui l’attend : une arrestation et un procès au pas de charge, les sévisses, la torture jusque sur le bois de la croix. Mais comme l’écrit Esaïe : « Ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé […] ; il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquité ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (53). Dans le film controversé : La passion du Christ, il y a une scène qui m’a particulièrement touché. Jésus traîne sa croix sur le chemin du calvaire. Il n’est plus qu’une plaie ; il s’est pris toute la haine et la bêtise qu’on puisse imaginer. Il fait dix pas, tombe une première fois, puis deux. La foule vocifère. Meil Gibson imagine une scène où Marie échappe à la surveillance de la garde et se précipite vers son fils. Et c’est alors que Jésus, la gorge serrée par la douleur et les larmes, crie à Marie : « Vois, mère ! Je fais toutes choses nouvelles » ! Peut-il y avoir plus beau résumé de l’Evangile que celui-ci ? Chacun trouve, au pied de la croix, l’assurance d’être aimé, pardonné, lavé de ses péchés. Jésus, le Fils de Dieu, est venu dans le monde pour se charger de notre misère et laver l’offense qui souillait notre âme. Sa résurrection projette le baptisé dans une vie nouvelle où l’Esprit saint avance en notre compagnie. Dès lors, réconcilié avec Dieu, sa Parole nous pousse à étendre cette paix à nous même, puis aux autres – à commencer par ceux que l’on côtoie : le plus facile ; jusqu’aux moins aimables, aux agressifs, aux moqueurs, aux violents : c’est là que son exemple doit nous inspirer… Lundi dernier, je discutais de ce passage un ami ; il me faisait remarquer le peu de recul que les disciples manifestaient sur les événements ; où était leur connaissance ? L’action sanctifiante de leur enseignement pendant trois ans ? En effet, Jacques et Jean désiraient être accueillis en Samarie, et même reconnus et aimés ! Mais quelle était la volonté du Christ ? Aller à Jérusalem, pour y mourir ; accepter le rejet et la souffrance. Quel paradoxe ! Jésus impose une épreuve à ses disciples pour mieux les former. Il s’agit d’un « exercice » préparatoire de la passion : dans cette affaire, il va abandonner les ressources de ses origines divines : il va se faire agneau de Dieu, pour ôter les péchés du monde. Rappelez-vous ce qu’il dira à Pilate : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut » (Jean 19 : 11). Ainsi, Jésus peut dire à ses disciples – comme à nous : imitez-moi ; supportez l’injustice plutôt que de céder à la colère ! « Le Fils de l’homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver » (v.56). Ce fut enfin une leçon en vue de l’évangélisation des nations. Les disciples devront être des prédicateurs et non des tortionnaires ! Agir au nom du Seigneur, c’est être animé des sentiments qui étaient les siens : sainteté, compassion et douceur… « La victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi » dit l’Ecriture ; le succès de l’Evangile est le succès de l’amour, de la faiblesse et du don de soi. La mission chrétienne doit se plier aux mêmes exigences. Il faut se préparer à être rejeté. Ainsi, le témoin ne succombera ni à l’esprit de vengeance, ni au découragement. Au matin de Pâques, les disciples comprendront la stratégie divine ; le jour de la Pentecôte, ils l’adopteront. Pour l’heure, ils ne réalisent pas vraiment que la seule grandeur qui ait de l’importance est celle de Jésus, la grandeur par laquelle on se met au niveau des enfants. Accompagné d’hommes qui souffrent encore de telles faiblesses, Jésus se met en route pour Jérusalem où il va souffrir et mourir. Amen ! *** PENTECÔTE - Jean 15.26 – 27 « Viens, ô Créateur de nos âmes, Esprit-saint, Dieu de vérité ! Remplis nos coeurs des pures flammes, de ton ardente charité ! Visite-nous, Dieu de lumière, Esprit de consolation, Don du Très-Haut, feu salutaire, Amour et divine onction !» Ls 128 Frères et soeurs, que s’est-il passé à la première Pentecôte, pour que cela nous concernent encore, si longtemps après ? Un bruit comme celui d’un vent violent ? Des langues qui semblent de feu ? Ou peut-être la faculté de parler en d’autres langues ? Ce matin, regardons au-delà de ces manifestations charis-matiques ; comprenons le véritable sens de cet épisode et sa conséquence dans nos vies et celles de nos familles. La Pentecôte, en effet, est le moment ou l’Eglise s’est mise en mouvement. Cela a commencé avec le témoignage du « Paraclet ». Et cela continue avec notre témoignage ! I
Le Para… quoi ? Le Paraclet ! C’est le nom que Jésus donne au Saint-Esprit – dans ce passage et en d’autres endroits. « Quand sera venu le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité qui vient du Père…» (v.26a). Certaines versions traduisent ce mot par consolateur, d’autres par défen-seur, ailleurs encore par avocat, mais aucun de ces titres ne couvre tout à fait la richesse de l’original grec. Paraclet désigne littéralement celui qui est appelé à nos côtés, appelé pour porter assistance. Au chapitre précédent, Jésus avait déjà employé ce terme : «Je prierai le Père et il vous donnera un au-tre Paraclet afin qu’il reste éternellement avec vous : l’Esprit de vérité » (Jn 14.16-17) Un autre Paraclet, un autre défenseur dans ma Bible en français ; Jésus étant le premier à nous porter secours, le premier à nous défendre ! L’ancienne version Segond traduit ici par consolateur. C’est un autre aspect de la même vérité : Jésus nous a consolés en nous arrachant à la damnation éternelle, en ex-piant nos péchés, en nous réconciliant avec Dieu. Et Segond savait qu’il ne couvrait pas tous les aspects de la langue grecque en traduisant par consolateur. Alors, dans un autre passage, il traduit le même mot par avocat. Chez Jean, par exemple : « Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste » (1 Jn 2.1). Autrement dit : un avocat est appelé à nos côtés pour qu’il nous fasse gagner le procès devant le tribunal de Dieu. Et cela quels que soient nos revenus ; l’assistance est gratuite et Dieu ne prévoit aucune coupe sombre dans le budget de cette assistance juridique. Mes amis, pouvons-nous espérer meilleur avocat que Jésus ? N’a-t-il pas tout accompli à notre place ? Qui accusera les élus de Dieu, demande l’Ecritu-re ? C’est Dieu qui justifie ! Jésus sait de quoi il parle quand il nous défend. Il maîtrise le dossier à la per-fection. Il peut présenter la preuve de notre rachat : son corps livré pour nous, le sang qu’il a répandu pour le pardon de nos péchés, pour notre acquittement éternel. Le Saint-Esprit est l’autre consolateur. Il attire notre attention sur ce que Jésus a fait pour nous. C’est ainsi qu’il « rend témoignage » de Jésus et nous console (v.26). L’Esprit est donc appelé Paraclet parce qu’il conduit au Christ ! Paul écrit : « L’Esprit aussi nous vient en aide dans notre faiblesse » et plus loin : « L’Esprit lui-même intercède pour nous. Et Dieu qui examine les coeurs sait quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est en accord avec lui qu’il intercède en faveur des saints. » (Rm 8.26-27). Magnifique, n’est-ce pas ? C’est la trinité tout entière qui s’engage à nous défendre et à nous consoler ! Voici donc, brièvement, notre relation avec le Saint-Esprit : il est le Paraclet envoyé par Jésus de la part du Père ; il est à nos côtés pour nous assister dans le combat de la foi, pour nous réconforter et nous affermir sur le chemin de la vie avec les promesses de l’Evangile. Les promesses de l’Evangile… Voilà sa puissance ! L’Esprit ne vient pas à nous sans moyens : il agit à travers « l’Evangile de Jésus-Christ » (Mc 1.1) Dans notre passage, Jésus dit que l’Esprit de la vérité lui rendra témoignage. Alors, mes amis, si l’on vous demande quelle est l’activité du Saint-Esprit dans votre Eglise, vous pouvez répondre : c’est simple ; il nous conduit à Jésus-Christ, notre Sauveur. Il nous ouvre l’Evangile et nous en dévoile les mystères. Bien plus : selon l’Evangile, le culte, c’est tout particulièrement vouloir recevoir de Dieu le pardon des péchés, la grâce et la justice. Ces trésors nous sont offerts dans les sacrements et dans l’absolution, ainsi que dans les nombreuses paroles de consolation et de réconfort qui abondent dans l’Evangile. Dans cette vie terrestre, le Saint-Esprit commence notre sanctification et la fait progresser de jour en jour. C’est pourquoi nous croyons en celui qui nous appelle chaque jour par la Parole et qui, par cette Parole et par le pardon des péchés, nous donne la foi, l’augmente et la fortifie. Le monde dit : vis ta vie et profite du moment présent. Jésus répond : « C’est l’Esprit qui fait vivre, l’homme n’arrive à rien. Les paroles que je vous dis sont Esprit et vie. » (Jn 6.63) La parole d’Evangile est pleine de vie et rend vivant, elle met en mouvement, parce que le Saint-Esprit agit par elle sur nos coeurs. Il nous fait partager le « salut prêt à être révélé dans les derniers temps » (1P 1.5). II
La Pentecôte est le moment ou l’Eglise de Jésus s’est mise en mouvement. Cela a commencé avec le témoignage du Paraclet. Cela continue avec notre témoignage ! « Vous aussi vous rendrez témoignage » dit Jésus dans notre texte. Cela ne devrait pas nous surprendre. Le Saint-Esprit est appelé à nos côtés, au côté de l’Eglise, pour nous assister. Il fallait s’attendre à ce qu’il nous entraîne avec lui dans une vie de témoignage, à ce qu’il nous entraîne à faire de toutes les nations des disciples, en les baptisant et leur enseignant l’Evangile du salut. Pensez à la première Pentecôte ! Cet événement montre comment le Saint-Esprit transforme des disciples reclus en témoins courageux. Les apôtres se tournent résolument vers les centaines de pèlerins présents pour leur annoncer le Christ, ce qu’il est pour eux et la manière dont ils peuvent recevoir son pardon. Ainsi nos cultes, les études bibliques, les réunions de jeunes, les séances de catéchisme ou d’école du dimanche sont des témoignages, mais l’Esprit ne veut pas que nous gardions ces trésors pour nous-mêmes, exclusivement pour notre bien et celui de nos enfants. Il nous incite aussi à porter son message devant le monde. Posséder un beau site sur Internet ne suffit pas. A Jérusalem, les apô-tres sont allés au-devant des gens, ils reçurent pour la circonstance le don de s’adresser à eux dans leur langue maternelle. Ce fut l’un des miracles de la première Pentecôte. Aujourd’hui, tous les mis-sionnaires apprennent la langue des peuples parmi lesquels ils veulent rendre témoignage de Jésus-Christ. Le Seigneur et les apôtres nous montrent constamment l’exemple : aller à la rencontre des hommes là où ils se trouvent : dans leur langue, dans leur culture, dans leur façon de penser. Il faut comprendre les gens si l’on veut se faire comprendre d’eux. Jésus a appelé Saul de Tarse à devenir le grand apôtre Paul : Juif ayant étudié auprès du plus grand rabbin de Jérusalem, il pouvait prêcher dans les synagogues ; intellectuel de la ville de Tarse, il comprenait aussi la façon de penser, la culture des Grecs ; il pouvait les aborder dans leur monde pour les conduire à Jésus-Christ. Il fera un jour cette confidence : « Avec les Juifs, j'ai été comme un juif afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la loi de Moïse, comme si j’étais sous la loi afin de gagner ceux qui sont sous la loi. J’ai été faible avec les faibles afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous afin d’en sauver quelques-uns » (1Co 9.20-22). Voilà comment l’Eglise doit veiller à rester en mouvement, dans ce mouvement perpétuel vers les incroyants, et chercher à leur rendre témoignage de leur Sauveur Jésus-Christ dans un langage qu’ils comprennent. Un frère aujourd’hui disparu disait : rien ne vaut un ouvrier pour parler de l’Evan-gile à un ouvrier, un étudiant pour parler à des étudiants, une mère de famille pour parler à une autre maman. Preuve que si l’Eglise se repose sur son pasteur pour témoigner du Seigneur Jésus, elle prive une grande partie de la population de ses bénédictions. Ce n’est pas toujours facile, vous le savez par expérience. Quelqu’un a dit un jour : à la Pentecôte, Pierre a converti 3000 personnes avec un seul sermon. Aujourd’hui, il faut souvent 3000 sermons pour convertir une seule personne ! D’ailleurs, notre Seigneur n’attend pas que nous soyons « tout à tous » comme son apôtre. Mais il a doté son Eglise de gens très différents, ou, pour le dire autrement : il a réparti les dons entre nous différemment ; nous avons des connaissances différentes et des centres d’intérêt différents. Nous devrions être reconnaissants à Dieu pour cette diversité de dons et d’intérêts, et ne pas rester indifférents quand, par exemple, une soeur du Bas-Rhin se propose de créer un café chrétien ; ni faire des yeux ronds quand un autre, comme Jésus, parlent aux gens de mauvaise vie ou aux pécheurs notoires (Mt 9.10 ; Lc 15.2) Frères et soeurs, qui sont les Parthes, les Mèdes et les Elamites aujourd’hui ? Ne sont-ils pas autour de nous : Musulmans arabes, nigériens ou turcs ? Leur culture et leur façon de penser sont souvent si différentes que nous les côtoyons sans leur adresser la parole ; nos façons de nous comporter nous braquent réciproquement et nous font dire – avec le monde d’ailleurs – qu’ils n’ont pas besoin de l’Evangile. Ce n’est qu’un exemple. Tous les Parthes et les Mèdes d’aujourd’hui n’ont pas nécessairement la peau mate et leurs racines peuvent être très semblables, voire identiques aux nôtres. Mais si nous sommes une Eglise qui se laisse émouvoir et conduire par le témoignage du Saint-Esprit, alors chacun d’entre nous essayera d’être témoin de Jésus-Christ parmi ses semblables, parmi ceux dont il connaît la langue, la culture, la façon de penser, les loisirs. Si le Saint-Esprit nous projette quelquefois dans des situations de témoignage inédites et nous obli-ge à improviser, il est aussi Dieu de sagesse et de discernement. A ce titre, il sait aussi inspirer à son Eglise ce qu’il y a de meilleur pour ses jeunes et anticiper avec intelligence leur rôle dans la so-ciété. Chaque métier est un appel, le mot allemand Beruf le reconnait bien. En 1990, après mon ordination, quand je me suis trouvé dans l’obligation de doubler mon cursus universitaire pour subvenir à terme au besoin de ma famille, j’ai demandé au Seigneur de me diriger vers des études qui seraient un complément à ma théologie, et donc utiles à mon ministère. C’est ainsi que je suis devenu linguiste, ce qui m’a permis de parler du Seigneur à un grand nombre d’étu-diants, d’abord à la Sorbonne, puis en école préparatoire où j’enseignais. Pardon pour cette anecdote personnelle, c’est une manière d’introduire cette dernière pensée, particulière et très concrète : quand nos enfants s’interrogent sur leurs études, songeons-nous seulement à placer leur choix dans la prière, à demander au Seigneur de les diriger vers un métier qui serait un tremplin pour leur foi et donc utile à son Eglise ? Quelle est la part que prend notre amour pour Dieu, pour sa parole et la mission dans le choix d’une langue étrangère – qui conditionnera aussi le choix du lycée – le choix de l’université, du futur métier de nos enfants ? Laissons-nous l’Esprit nous conduire quand nous consultons tous les conseillers d’orientation possibles sauf le plus important ? Celui qui accompagne notre fille ou notre garçon depuis son baptême et se préoccupe autant de son âme que de son esprit ? « L'Esprit de la vérité rendra témoignage de moi – nous dit Jésus ce matin - et vous aussi, vous me rendrez témoignage ! » L’Esprit est appelé à nos côtés pour nous assister dans notre vocation de témoins et proclamer par nous l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Il nous donne aussi des conseils inspirés pour conduire nos vies dans la reconnaissance et discerner ses orientations selon sa volon-té. Il nous pousse au besoin à faire des pas de foi, qui peuvent être autant de sauts dans l’inconnu que de coups d’audace, selon les circonstances… C’est cela, la Pentecôte : se laisser entraîner par le témoignage que le Saint-Esprit rend au Sauveur du monde, se laisser entraîner soi-même dans une vie de repentance et de foi, d’humilité et de joie quotidienne, mais aussi en entraîner d’autres par notre témoignage. Partager notre avocat, notre consolateur, notre défenseur et notre espérance dans la communion du Seigneur Jésus. Amen. ***
Sainte Cène - 1 Corinthiens 11.28-29 28 Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe; 29 car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même. __________.__________
Frères et sœurs en Jésus-Christ, vous êtes invités ce matin à un repas exceptionnel. Pourtant, ne cherchez pas un menu raffiné : on n'y sert que du pain et du vin ! La qualité des produits, alors ? Non : ce n'est pas du Gewurtz ni de la baguette de campagne. La vaisselle a-t-elle une grande valeur ? Pensez-vous : Clarisse nous rapporte les gobelets de la Coop ! Repas exceptionnel peut-être en raison des convives ? Encore perdu : il n'y a parmi nous ni grande famille du protestantisme, ni représentant du conseil municipal. Pour cela, il faudrait peut-être se trouver sous la chaire du président du Consistoire réformé de Mulhouse… Et pourtant, la table dressée pour nous dépasse en richesses tout ce que nous venons d'énumérer. Nous y recevons quelque-chose d'unique... La preuve ? Cet avertissement de l'apôtre Paul : " Que chacun s'examine lui-même, et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe, car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même ". En entendant ces paroles, tous les chrétiens devraient comprendre que participer à tel repas n'est pas un acte anodin. L'Esprit les met en garde : si quelqu'un participait dans l'ignorance ou sans respect, il retournerait chez lui non pas comme il est venu, mais chargé du jugement de Dieu. Cela veut dire que Dieu serait irrité contre lui.Et quand le Seigneur est irrité contre son peuple, il pleut des malheurs. Vous avez toujours entendu vos bergers insister sur l'importance d'une confession de foi solide. Ainsi, chacun d'entre-vous possède un Petit Catéchisme, qui résume les points fondamentaux de la foi chrétienne. Martin Luther y a écrit par exemple de très belles pages pour tous ceux qui veulent savoir ce que signifie communier dignement. Il note aussi quelques questions que nous devons nous poser avant de nous avancer : Croyons-nous sincèrement en Jésus Christ notre Sauveur ? Discernons-nous dans le sacrement le corps et le sang du Seigneur ? Et enfin, avons-nous la ferme intention de vivre chrétiennement avec l'aide du St Esprit ? Ces trois questions serviront de fil conducteur à ma prédication. I
Premièrement : croyons sincèrement en Jésus-Christ notre Sauveur ? La question peut choquer. Si ce n'était pas le cas, nous serions tous encore au lit à cette heure-ci ! Certains parmi vous n'auraient pas fait tant de kilomètres. Elle est bien finie, l'époque où l'on venait au culte par obligation ou par habitude. Nous sommes réunis dans la conviction que Jésus-Christ est notre Sauveur. Il nous a aimés jusqu'à s'incarner en la vierge Marie. Il a offert sa vie pour nous laver du péché et nous couvrir de sa justice. C'est lui qui est " le Dieu véritable et la vie éternelle ", pour citer Saint Jean. Dieu a fait pour nous de grandes choses. Voilà ce qui nous amène ici ! Alors, vous direz peut-être que j'aurais pu faire un sermon plus court en supprimant ce premier point ! Mais Luther ne fait que suivre Paul. L'apôtre demande que chacun s'éprouve soi-même, et il écrit cela… à des chrétiens ! Mes amis, je n'aurai pas la prétention de nous croire meilleurs paroissiens que les Corinthiens ! Quand Jésus institue la cène, en présence de ses seuls apôtres, il dit : " Prenez et buvez en tous, ceci est mon corps, ceci est mon sang donné pour vous, pour le pardon de vos péchés ". Ces péchés que nous faisons bien de confesser ensemble dans la liturgie du dimanche. A quoi bon, en effet, parler d'un sauveur si l'on a oublié à quelle détresse il nous a arrachés ! Car même si nous connaissons bien les dix commandements, nous cherchons, tous les jours à fuir notre culpabilité, par orgueil, par insouciance ou suite à des raisonnements trompeurs. C'est comme ça ; c'est dans notre nature. Voila pourquoi chacun doit s'examiner, non pas en fonction de ses propres critères, mais toujours devant la sainte loi de Dieu qui nous dit exactement quel est notre état. Souvenez-vous de l'exemple du publicain qui se frappait la poitrine dans le temple et reconnaissait humblement sa dépendance au Dieu d'amour. Jésus assiste à la scène, et il affirme que cet homme s'en est allé justifié. Donc, avant de communier, la première question à laquelle nous devons répondre de tout notre cœur, par le oui de la foi, concerne l'Evangile de Dieu. Car seule l'incrédulité ou l'impiété rend indigne et non préparé. Ces mots " donné et répandu pour vous " exigent absolument des cœurs croyants. C'est pourquoi examinez votre cœur ! Posez-vous sincèrement la question : est-ce que je suis désolé pour tous mes péchés et est-ce que je regrette de tout mon cœur de les avoir commis ? Est-ce que je crois que seule la grâce de Dieu en Jésus-Christ peut tout me pardonner, sans aucun mérite de ma part ? Voilà ce que veut dire " s'éprouver soi-même " ; voilà ce que signifie " croire en Jésus son sauveur " ! II
Deuxième question proposée par le catéchisme : discernons-nous dans ce repas le corps et le sang du Christ ? La question reprend l'exhortation biblique : savoir discerner le corps du Seigneur comme préalable au repas. Pourquoi tant de précautions ? Eh bien, depuis ses origines, l'Eglise chrétienne confesse que la cène est sainte. Elle n'est pas d'institution humaine : l'Eglise ne l'a pas introduite lors d'un concile. Les évangiles affirment au contraire que cet acte sacré a été ordonné par Jésus-Christ. Et...quand le Seigneur ordonne quelque-chose, l'Eglise doit l'appliquer fidèlement. Nous sommes les dépositaires d'un testament. Et l'on ne change pas les dispositions d'un testament. Quand vous participez à la cène, vous faites beaucoup plus qu'annoncer " la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ". Aussi irrationnel que cela paraisse, dans ce repas sacré, vous recevez réellement, " dans, avec et sous les espèces du pain et du vin ", le corps et le sang mêmes du Fils de Dieu, notre Sauveur ressuscité et glorifié. C'est donc lui, le dimanche, qui dresse la table et c'est aussi de ses mains que nous recevons le repas. Vous le savez, il ne s'agit pas d'une perception physique : je n'ai pas à isoler ou à reconnaître ce qui est du corps de ce qui est du pain ; discerner ne veut pas dire cela. Ce n'est pas non plus une question d'intelligence, comme lorsqu'un professeur demande à ses étudiants de discerner les arguments d'un texte. Nous savons que l'on ne devient pas disciple de Jésus par les études ou l'intellect. Paul nous demande de faire preuve de discernement. Autrement dit, connaissons-nous les dispositions que le Maître a prises au sujet de ce repas ? Sommes-nous pleinement convaincus qu'au moment où nous prenons l'hostie et le vin, nous recevons aussi en bouche le corps et le sang du Seigneur ? Par cette question, nous pénétrons dans le sacrement lui-même ! C'est encore un pas de foi, comme Paul nous invite à en faire lorsqu'il écrit : " Que chacun donc s'examine lui-même et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe ". Nous avons dit que la bénédiction est reçue si nous croyons la parole toute simple du Seigneur : c'est mon corps. Jésus est précis ; Paul l'est également. Il ne permet pas à chacun d'avoir sa propre opinion. Il nous oblige, en quelque sorte, à être conscients qu'au moment de la communion, il se passe quelque chose d'important. Nous recevons en nous le corps et le sang du Christ, véritablement présents. Donc, il est faux de dire au sujet de la cène que n'importe qui peut communier, sans préparation ni avertissement. Au contraire, Paul avertit l'Eglise - au risque d'en froisser quelques-uns - pour que tous communient d'une manière profitable. Si l'on reçoit humblement ces paroles, on comprend aussi les devoirs du berger. En effet, consacrer et donner la sainte cène est pour le pasteur un très grand privilège et une grande responsabilité. Un grand privilège, car ce n'est pas moins que le corps du Fils de Dieu donné pour nous sauver de nos péchés, et son sang précieux répandu pour nous. Et là où il y a rémission des péchés, il y a aussi vie et salut éternel. En même temps c'est une grande responsabilité, car aucun pasteur craignant Dieu ne voudrait donner à un incroyant la sainte cène pour son jugement ! C'est pourquoi je ne puis donner la communion qu'aux croyants baptisés qui sont aptes à s'examiner. Pourquoi le Seigneur est-il si exigeant ? Depuis que le monde existe, la création tout entière soupire sous la malédiction du péché. Bien sûr, Dieu a béni les technologies nouvelles : grâce à elles, combien d'efforts physiques nous sont épargnés ! Même si nous avons, avec le progrès technique, acquis un pouvoir nouveau: celui d'épuiser la terre au point de la faire mourir. Ainsi le fardeau de la vie continue de peser sur notre âme. Mêmes les chrétiens ressentent les exigences du travail quotidien, les épreuves liées au monde moderne et au stress, les relations tendues qu'il nous arrive d'entretenir avec les gens, jusque dans notre couple ou notre famille. Nous aspirons à une intimité plus profonde avec Dieu qui apaise notre âme et garantisse notre pardon ! Nos temps de prières, de méditation, les cultes du dimanche sont des moments de détente au milieu des fardeaux de la vie. Mais quand nous mangeons et buvons le pain de la cène, les deux : le pain et le vin, " sont le Christ " qui nous rafraîchit et nous fortifie pour la vie éternelle. Est-on jamais certain d'être distingué dans une foule, ou tout à fait sûr de recevoir à 100% une bénédiction offerte à plusieurs ? Dieu anticipe nos craintes ; il sait de quoi les pécheurs que nous sommes ont besoin. Ce qu'il nous faut par-dessus tout, c'est de savoir que nous sommes personnellement pardonnés et aimés malgré nos fautes. Notre Seigneur miséricordieux sait aussi que nous avons besoin d'être en communion avec lui et avec ceux qui nous entourent. Il répond à ce besoin en nous donnant le baptême et la cène. En eux, sa Parole est accompagnée d'actes perçus par les sens, la vue, l'ouïe, le goût et le toucher. Quand donc il unit, dans la communion, sa parole au pain et au vin, ceux-ci deviennent des signes de son amour incarné, de sa miséricorde et de son pardon. C'est ainsi qu'il nous communique ces bénédictions. III
Enfin, nous devons nous demander si nous avons l'intention de vivre chrétiennement avec l'aide du Saint-Esprit. Promettons-nous à Dieu de toutes nos forces de l'aimer, le servir et le suivre, lui seul ? Cette troisième question est la conséquence de tout ce qui précède. La plus grande joie dans la vie, c'est de connaître Dieu par Jésus-Christ ! D'être reçu dans sa communion, dans l'intimité de sa grâce par les sacrements qu'il a institués. Pourtant, Dieu ne nous fait pas renaître pour que nous restions uniquement de petits enfants ! Imaginez votre détresse si votre fille ou votre fils restait de perpétuels adolescents. Le Père céleste est pareil : il nous fortifie pour que chaque jour qui passe soit une nouvelle expérience en sa compagnie. La résurrection du Christ est là, comme une puissance qui nous rend capables d'accomplir de bonnes choses autour de nous. Luther prend bien soin de nommer notre allié dans cette démarche importante. Il écrit : " Avec l'aide du Saint-Esprit ". Une façon de nous rappeler que le Dieu trinitaire s'investit tout entier et désire nous bénir, si toutefois nous sommes fidèles ! La majorité d'entre-vous a été confirmée ici, devant cet autel. D'autres y ont été accueillis adultes. A la question : " Voulez-vous persévérer dans la communion de foi de notre Eglise ", vous avez répondu : " Oui, avec l'aide de Dieu " ! Et à cette autre question, qui concerne elle aussi tous les membres de l'Eglise : " Voulez-vous conformer votre vie entière à la Parole de Dieu et vivre selon l'Evangile du Christ ", vous avez répondu : " Oui, avec la grâce de Dieu " ! Ce serait bien que nous ayons ces promesses dans nos agendas, ou en post-it dans un coin d'écran de notre ordinateur. L'engagement : un concept qui n'est plus guère à la mode aujourd'hui. L'homme moderne avance en marge des institutions et répugne à définir clairement ses positions : cela est vrai en politique comme en religion. Si telle est votre situation, Dieu vous invite en ce moment même, à une vie plus riche et plus épanouie qui vous rendra semblable au Seigneur. Quand vous recevrez son corps et son sang tout à l'heure, priez-le qu'il vous donne la " pensée du Christ ", comme le dit Paul aux Corinthiens (1Co 2.16) ! Ne laissez pas passer un jour sans lui parler ni un mois sans partager sa parole. Donnez à manger à votre âme le pain et l'eau de vie. Par sa parole, l'Esprit de Dieu vous sanctifiera et fera de vous une bénédiction pour ceux qui vous entourent. Dans un monde qui nous paraît de plus en plus dénué de sens et d'orientation, Dieu a besoin d'une Eglise forte pour soutenir ses pasteurs, ses diacres et ses missionnaires ! Qui, sinon les chrétiens, donneront les moyens d'action nécessaires aux paroisses et aux œuvres d'évangélisation ? Ne vous y trompez pas : quand l'Eglise est portée par la parole et par l'Esprit, elle constitue une force et une énergie positive, non seulement dans la vie des chrétiens, mais aussi pour le salut éternel de millions de gens qui sont encore sur le chemin de la perdition. Frères et sœurs, croyez-vous sincèrement en Jésus-Christ votre Sauveur ? Discernez-vous dans le sacrement le corps et le sang du Seigneur ? Alors vous savez aussi où trouver les forces et la volonté pour vivre chrétiennement avec l'aide du St Esprit ! Alors une grâce incommensurable et glorieuse vous est offerte aujourd'hui et je vous invite à la saisir : le pardon de tous vos péchés, éloignés à jamais de votre conscience ; la force de vivre dans la joie et la paix, la confiance et l'amour de votre Sauveur ; et la promesse certaine de la vie éternelle. Car c'est ici, dans la sainte cène, la porte des cieux ! C'est ici l'échelle de Dieu ! Le corps et le sang de son Fils descendent jusqu'à vous pour vous bénir ; et votre prière et vos louanges montent jusqu'à Dieu pour le glorifier. Amen ! ***
Pâques, Luc 24. 36-49 36 Tandis qu'ils parlaient de la sorte, lui-même se présenta au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous! 37 Saisis de frayeur et d'épouvante, ils croyaient voir un esprit. 38 Mais il leur dit: Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi pareilles pensées s'élèvent-elles dans vos coeurs? 39 Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi; tou-chez-moi et voyez: un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai. 40 Et en disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds. 41 Comme, dans leur joie, ils ne croyaient point encore, et qu'ils étaient dans l'étonnement, il leur dit: Avez-vous ici quelque chose à manger? 42 Ils lui présentèrent du poisson rôti et un rayon de miel. 43 Il en prit, et il mangea devant eux. 44 Puis il leur dit: C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous, qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes. 45 Alors il leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils comprissent les Ecritures. 46 Et il leur dit: Ainsi il est écrit que le Christ souffri-rait, et qu'il ressusciterait des morts le troisième jour, 47 et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. 48 Vous êtes témoins de ces choses. 49 Et voici, j'enverrai sur vous ce que mon Père a promis; mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut. __________.__________
Sans la résurrection de Jésus, il n'y aurait pas eu d'Eglise. Il n'y aurait pas eu de mission apostolique. Les évan-giles nous disent la panique des disciples après la mort de Jésus. A vue humaine, c'est vrai, tout est fini. Mais quelques jours plus tard, ce sont les mêmes qui crient partout que leur maître est vivant; les fuyards d'hier sont prêts à mourir pour leur foi ! Comment l'histoire a-t-elle commencée ? Une fois encore, laissons la Bible parler ; Voyons de quelle façon Jésus - nous persuade de sa résurrection et - fait naître l'Eglise chrétienne. Pierre, Jacques, Jean, Philippe et les autres avaient-ils compris leur Seigneur ? Avaient-ils compris que la vie, la vraie vie devait naître de la mort ? On peut se le demander. Quand Jésus meurt sur la croix, que reste-t-il de leur foi ? Pierre pleure son reniement ; Judas pend… à un arbre. Tous auront pris la fuite. Il les avait averti, pourtant : "Je serai pour vous tous, cette nuit, une occasion de chute" ! N'accablons pas trop les disciples ; essayons de comprendre leur détresse. C'est vrai, pour eux, Jésus était bien le Fils de Dieu, le Sauveur, mais comment se débarrasser d'une si grande consternation : c'était ici, maintenant que Jésus devait établir son royaume ! C'était maintenant qu'Israël devait retrouver sa gloire passée, comme au temps de David et de Salomon ! C'était un bon programme ça ; Non ? La croix, la croix, ce n'était peut-être pas une priorité ! C'est bien de vouloir exterminer le péché, mais on aurait peut-être pu commencer par les Romains ! Non, ne les jugeons pas trop sévèrement car, dans une certaine mesure, nous manifestons souvent la même incompréhension. Il suffit de nous regarder bien en face. Comment on est, nous, dans la vie ? Nous entendons que Jésus est mort pour nous, que son sang nous purifie de nos péchés ; le diable, l'enfer sont vaincus : " A toi, la gloire, ô-ô-ô Ressuscité ! " Et notre empressement à le servir est si fragile… Si petite notre ardeur à écouter sa Parole ! Au lieu de manifester une joie égale et sereine, nous nous laissons si souvent démoraliser par le boulot, les problèmes de santé, la peur du lendemain. Notre cœur, en fait, est souvent plus proche de la passion que de la résurrection. Et puis, la résurrection d'un mort, c'est un truc tellement irrationnel ! Tellement extraordinaire, contraire à l'intelligence ! Alors, les disciples s'enferment à double tour et les femmes préparent ce qu'il faut pour enterrer définitivement Jésus… Notre vie d'homme et de femme est faite des mêmes expériences : je constate que le matérialisme sur lequel j'avais bâti ne mène à rien… Le doute pointe qu'il y a peut-être d'autres valeurs que j'avais sous-estimées… Le Seigneur travaille mon cœur, il désire me sauver, s'y emploie de toutes ses forces parce qu'il m'aime - et pour-tant : combien de fois vais-je me fermer à ses appels. Combien de fois vais-je enterrer sa voix ? Cette voix qui te dis : Dieu t'accueille, sans condition, te fais grâce, te pardonne ! Et quand Jésus se présente, le texte dit : " ils furent saisis de frayeur et d'épouvante ". Sans doute les disciples ont-ils honte. Ils craignent un juge qui va les accuser de désertion, de lâcheté ! - ou un fantôme, qui va maintenant les terroriser ! La présence du Sauveur est bien plus une gêne qu'un bonheur. Aujourd'hui encore, Jésus est là, présent au milieu de nous. Comment ? Par son Evangile et dans les sacrements. Toujours il cherche à nous persuader de sa résurrection ! Alors, frères et sœurs, ne disons pas : "Jésus ne vien-dra pas ; il est trop occupé. Et puis, pourquoi s'intéresserait-il à moi ? Je n'ai rien de spécial ! " Comme le dit Lu-ther dans un sermon : "Derrière leur porte, les apôtres étaient en sécurité, mais dans leur cœur ils n'avaient pas la paix !" Accueillons cette paix du ressuscité ! Et quand Jésus s'étonne : "Pourquoi êtes-vous troublés ? Voyez mes mains ! Mes pieds ! C'est bien moi ! ", Luc rapporte : " Dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et ils étaient dans l'étonnement. " La joie. La joie et pourtant le doute. Ainsi la joie de se savoir trouvé, accompagné : cette bonne nouvelle nous remplit parfois d'une si grande perplexité que nous avons du mal à y croire. Comment imaginer une vie éternelle sans problème, sans inquiétude, sans maladie, sans deuil, mais d'une joie infinie avec Dieu ? Jésus est vivant ! Il est ressuscité ! Il rejoint ses amis ! Alors, Vainqueur du péché, viens aussi chez nous et donne nous la confiance ! Viens nous persuader de ta résurrection ! II Voyons à présent comment Jésus va lancer son Eglise, c'est-à-dire comment il va terminer la formation des apôtres et leur donner une foi solide. D'abord, c'est le Maître qui retrouve ses disciples, terrés comme des lapins. C'est le bon berger qui rassemble ses brebis effrayées par le loup. C'est donc lui, toujours, qui fait le premier pas. Que va-t-il leur rappeler ? C'est très simple : mort et résurrection vont ensemble, sont liés. L'une n'existe pas sans l'autre. "Je vous l'avais bien dit, pourtant : si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits" (Jean 12) "Vous comprenez maintenant ? Les fruits de ma victoire, vous n'avez pas fini de les compter ; c'est l'accomplissement de ma promesse à Abraham : ta descendance sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel ! Les disciples étaient restés sur un échec. Jésus doit les persuader de sa victoire pour faire d'eux ses hérauts, ses ambassadeurs. Première parole, donc, de Jésus, ce jour là : La paix soit avec vous ! Pas de reproche, mais une salutation aimable, tranquille. D'ailleurs, il n'a rien de banal, ce shalom. Dit par un autre, peut-être, mais là, non. C'est le Prince de la vie qui l'adresse aux hommes. Cette paix donnée, c'est la réconciliation avec Dieu ! C'est une immense bonne nouvelle ! Le tout premier cadeau que Dieu nous fait, c'est son pardon, c'est sa paix. Les disciples doivent savoir- les hommes doivent savoir : Dieu a changé le mal en bien ! La croix, instrument de torture, devient pour nous le symbole de notre rachat ! Dieu dépose, une fois pour toutes, le pardon au pied de cette croix et tout le monde est invité. Voilà ce que l'Eglise doit prêcher, voilà l'espoir pour l'humanité ! Sans cela, la vie a-t-elle un sens ? Y a-t-il vraiment quelque-chose qui vaille la peine d'être vécu ? La paix du Christ est présente aujourd'hui, dans cette église, mais aussi dans toutes celles qui enseignent fidèlement la résurrection. Elle est dans nos maisons, dans nos couples, dans l'éducation de nos enfants, dans nos ateliers et nos bureaux. Elle est dans nos cœurs par l'Evangile et les sacrements ! Que dit Jésus encore ? "C'est bien moi, touchez-moi et voyez. Un esprit a-t-il de la chair et des os, comme vous voyez que j'en ai ?" Le ressuscité ne veut pas être pris pour un fantôme, ni pour l'objet d'une hallucination. Il est vivant, son corps est bien là, sorti de la tombe ! Expérience extraordinaire que de toucher le corps du ressuscité ! Jean rappellera d'ailleurs cela dans sa première épître, des années plus tard : " Nous l'avons vu, nous l'avons entendu et nos mains l'ont touché ". Et Jésus en rajoute ! "Avez-vous ici quelque chose à manger ? " demande-t-il. On imagine les disciples bouches-bées, puis se bousculant… Ils réapparaissent bientôt avec du poisson rôti et du miel. Jésus en prend, et il mange devant eux. L'instruction ne fait que commencer. Les disciples sont là, près de lui: ils le voient, l'entendent, le touchent mais bientôt tout cela, ce sera fini. Il leur faudra enseigner à leur tour, et le souvenir peut devenir confus dans la mémoire, les événements peuvent s'altérer avec le temps. Alors qu'en sera-t-il de ceux qui devront croire sans avoir vu ? Qu'en sera-t-il des générations suivantes, jusqu'à nous aujourd'hui et nos enfants, nos petits enfants ? Jésus va donc fonder son Eglise sur sa Parole, sur les écrits des prophètes. Il va reconstruire la foi des apôtres comme on construit une maison, solide et profonde : "C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous qu'il fallait que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les Psaumes. Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, et qu'il ressusciterait des morts le troisième jour, et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son Nom à toutes les nations ! " Après les paraboles et les miracles, c'est donc un enseignement plus dogmatique qui commence pour les dis-ciples. Un peu comme la Formation au Diaconat après le petit catéchisme ! Tout s'est accompli, il n'a pas menti. Il n'a pas déçu. On peut faire confiance au Seigneur : une seule de ses promesses vaut plus que toutes les nôtres. Les prophéties de l'Ancien-Testament ? Jésus leur en explique la véritable portée : Moïse, les prophètes, les psaumes annoncent le Christ ressuscité. C'est dans ces pages que deux millénaires avant l'événement, Jésus est annoncé. La Bible est donc bien la Parole de Dieu. Elle mérite l'honneur qu'on lui fait d'être au centre de l'Eglise et de nos foyers. "Accrochez-vous à ma Parole, nous dit aussi Jésus ! Persévérez dans la lecture de l'Evangile ! Vous ne pouvez plus me voir, ni me toucher, mais ma Parole est là, puissante, fidèle, apaisante ! " Notre récit se poursuit par une phrase bizarre : "Jésus leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils comprennent les Ecri-tures…" C'est que, voyez-vous, la plus belle des conférences, le plus inspiré des sermons ne fait pas encore un chrétien ! C'est pour cette raison que les catéchismes, les cercles bibliques et les prédications commencent par une intercession. C'est rappeler bien-sûr que la sagesse, l'intelligence, la confiance ne viennent pas de nous, mais de l'Esprit Saint. On peut savoir que Jésus est mort et ressuscité sans y adhérer. En revanche, je peux accepter l'Evangile, croire au pardon, chercher refuge en Christ uniquement si cela m'est donné par l'Esprit ! La foi est le don de Dieu… Quel beau sujet de prière : "Seigneur, sers-toi de mon témoignage pour convertir cet ami, ce parent. Et pour moi-même aussi : Seigneur, je ne comprends pas toujours tout ce que je lis, mais cela n'a pas d'importance, puisque je sais que la compréhension, c'est toi qui la donne. Seigneur, augmente simplement ma foi ! " Et cela est vrai pour chaque jour de ma vie jusqu'à son terme ! "Vous êtes témoins de ces choses, dit enfin le Seigneur, et voici, j'enverrai sur vous ce que mon Père a promis, mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut." Vous êtes mes témoins. Quelle responsabilité ! Il nous dit cela aussi à nous ! As-tu un don ? As-tu un peu de temps libre ? Quelque moyen ? As-tu pensé que tout cela pouvait contribuer à faire grandir l'Eglise ? "Moi, dit Jésus, je viens à demeure chez vous. Je suis votre soleil ; mais attention ! Pas un soleil du mois d'avril, qui réchauffe une heure et fait place à la pluie et au vent ! Ce serait plutôt un soleil du mois d'août, et qui ne connaîtrait pas d'automne, ni d'hiver. Ainsi, toutes les fois que vous me suivrez dans l'exemple, demandez-moi conseil, assistance. Je serai là. Là pour qu'ensemble nous soyons témoins de ma résurrection, qu'ensemble nous annoncions la repentance et le pardon des péchés à toutes les nations ! Tout cela devient possible, frères et sœurs, quand on a Dieu avec soi. "Je vais vous revêtir de la puissance d'en haut". Il s'agit bien-sûr de l'événement de Pentecôte : ce sont des hommes nouveaux qui vont créer l'Eglise, mais cela, c'est une autre histoire ! Nés de l'Esprit, ils vont marcher dans la lumière, et c'est à cela que Dieu vous invite aujourd'hui ! Que sa paix demeure toujours avec vous ! Amen! ***
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